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Bonjour paresse : Le point de vue de l'IFGE
Que faut-il retenir de l’ouvrage de Corinne Maier ? Est-ce le contenu ou la réaction d’EDF qui est à l’origine de cette incontestable réussite commerciale ?
Dans cet ouvrage l’auteur s’adonne à une critique acerbe de l’entreprise. Même si Corinne Maier généralise sa situation personnelle à l’ensemble des membres de l’entreprise et présente EDF comme le modèle entreprenariale contemporain, le succès de l’ouvrage et la controverse qu’il génère nous obligent à prendre au sérieux les idées développées par l’auteur.
L’entreprise connaît comme toutes les institutions des dysfonctionnements, des anomalies et parfois des aberrations. Ce constat n’est pas en soi original mais la violence avec laquelle C. Maier le réactualise n’est pas étrangère au succès de son ouvrage. Souvent portée aux nues par ses cadres dirigeants, la réalité des pratiques managériales est tout autre. C’est sur ce constat de profond décalage que Corinne Maier construit la première partie de son argumentation.
Mais à notre sens l’essentiel de l’ouvrage ne se trouve pas dans cette ré-interpratation de l’écart entre des intentions affichées et des pratiques constatées. Ce qui est fondamentalement nouveau et peut-être dérangeant c’est la réponse développée par l’auteur pour faire face aux inéluctables dysfonctionnements de l’entreprise. Plus que la paresse, C. Maier prône l’apathie pour lutter contre les défaillances organisationnelles. L’auteur invite les salariés à développer des comportements opportunistes afin de " gangrener " le système de l’intérieur.
Dans une période de profondes remises en cause des termes de la relation d’emploi, il est bien évident qu’une critique aussi radicale ne peut manquer d’interpeller. Mais les solutions développées par Corinne Maier ne risquent-elles pas de desservir les salariés ? En confondant le travail et l’entreprise, l’auteur délivre un amas de techniques opportunistes qui ne peuvent que déstabiliser encore un peu plus les rapports entre l’entreprise et ses salariés. Il est bien évident que face à l’ampleur grandissante des mécontentements, les acteurs impliqués dans le fonctionnement de l’entreprise doivent se remettre en cause mais c’est uniquement sur la base d’ambitions communes que cette auto-critique doit être effectuée. Reste à trouver l’unité de temps et de lieu susceptible de générer un dialogue fécond.
L’incapacité patente de la ligne hiérarchique, l’impuissance constatée des instances syndicales amènent nécessairement le développement de nouvelles alternatives. Dans un système capitaliste où les salariés représentent désormais le premier bloc d’actionnaires, c’est certainement au niveau du gouvernement de l’entreprise qu’il faut situer ce nouvel espace de dialogue. La participation des salariés au gouvernement de l’entreprise apparaît désormais comme une alternative crédible pour réduire la fracture entre l’entreprise et ses salariés.
Bertrand Valiorgue
Référence : Corinne Maier, Bonjour paresse : De l'art et la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise, Michalon Editions, 2004.
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