Réaction de Pierre Bilger à la chronique de Pierre-Yves Gomez sur la rémunération des dirigeants

Monsieur,
 
C’est la première fois que je lis une analyse aussi convaincante sur le ressort profond expliquant les excès constatés dans ce domaine (la rémunération des dirigeants).
 
Il vous intéressera peut-être d’apprendre que, sans disposer des références scientifiques éclairantes que vous évoquez, dans un petit livre, publié en mars 2007, j’écrivais :
 
« Pour autant, quelque part au fond de moi, flottait la conscience d’un monde qui changeait et dont les références n’étaient plus celles que j’avais connues au début de ma vie professionnelle. Les finalités de l’action n’étaient plus tout à fait les mêmes. J’avais voulu construire une entreprise européenne à vocation mondiale, le challenger européen de General Electric, l’une des trois premières entreprises mondiales dans son domaine d’activité. Ces ambitions que j’avais prises au sérieux, d’ailleurs mises en oeuvre avec succès jusqu’à la crise technique et financière, devenue paroxystique en 2003, et que mon successeur devait reprendre et poursuivre plus tard, étaient écoutées avec sympathie par les analystes et les investisseurs lors des multiples présentations que je leur dispensais. Mais leur véritable centre d’intérêt était ailleurs, il était dans la valorisation de l’action, aspiration qui était aussi la mienne, mais que je n’acceptais pas comme exclusive. Pour beaucoup d’entre eux, je trahissais cette distance par le fait que je me satisfaisais de conditions de rémunération dont ils avaient connaissance par la publicité, désormais obligatoire, et qui leur apparaissaient modestes en termes relatifs. Pour tout dire, ils se seraient sentis plus confortables si j’avais été plus âpre au gain et plus exigeant pour moi-même et sans doute du même coup plus conforme dans mes actions à leur modèle de performance. Tout en ayant toujours placé l’intérêt de mes actionnaires successifs au premier rang de mes préoccupations, qu’ils fussent deux ou trois cent mille, je commençais à me dire, un peu tard, au bout de mon parcours, que j’aurais davantage gagné le « respect » de mes interlocuteurs financiers ou industriels en défendant aussi et davantage mon propre intérêt.« 
 
Je crois que cette réflexion, totalement indépendante de la vôtre et tirée d’une expérience concrète, illustre le caractère particulièrement pertinent de votre propos.
 
Avec mes sentiments cordiaux,
 
Pierre Bilger
 
 
 
Pour une présentation plus détaillée de l’expérience de Pierre Bilger :
http://www.blogbilger.com/

 

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