Responsabiliser les chaînes de valeurs éclatées

Un enjeu majeur pour les entreprises engagées dans des démarches de développement durable (DD) ou de Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) consiste à produire et offrir des biens ou services qui soient économiquement rentables et socialement responsables.

Cette problématique a reçu une attention particulière au sein du corpus de la Strategic CSR (McWilliams et Siegel 2001; Porter et Kramer 2006; Porter et Kramer 2011), qui exhorte les entreprises à équilibrer offre (coûts) et demande (volonté de payer des clients) en matière de RSE (McWilliams et Siegel 2001; Orlitzky et al. 2011) et à considérer la RSE ou le DD comme un espace stratégique de création de valeur partagée entre l’entreprise et la société (Acquier, 2008; Daudigeos & Valiorgue, 2011; Porter et Kramer 2006; Karnani 2007; Vilanova et al. 2009).

Malgré un intérêt indéniable, l’approche Strategic CSR fait l’impasse sur un point essentiel dans la compréhension de la formation d’une offre RSE : elle ne s’intéresse pas aux situations où la production d’une telle offre implique non pas une seule entreprise mais un ensemble d’entreprises imbriquées dans une chaîne de valeur éclatée . Même si une littérature émergente s’intéresse à la diffusion de démarches de RSE dans les chaînes logistiques et les politiques achats des grands groupes (Preuss 2001; Roberts 2003; Darnall et al. 2008; Beulin Meunier 2009; Carbone et Moatti 2010), l’approche Strategic CSR se trouve généralement en profond décalage avec la réalité organisationnelle des firmes contemporaines, caractérisées par une reconfiguration substantielle des frontières des entreprises, l’émergence des structures en réseau (Fréry 1997; Baudry 2004) et l’éclatement des chaînes de valeur (Gulati et al. 2000).

Ce décalage est d’autant plus problématique que la fragmentation des chaînes de valeur entre souvent en jeu dans les crises en matière de RSE , et que la diffusion par les grandes entreprises des démarches de RSE auprès de leurs fournisseurs apparaît souvent problématique et limitée (Quairel et Auberger 2007). En effet, responsabiliser une chaîne de valeur éclatée implique de coordonner un large ensemble d’acteurs, fournisseurs, sous-traitants, distributeurs, clients, alliés stratégiques et autres parties prenantes non marchandes (Dupuis 2008a; Dupuis 2008b).

Dans un tel contexte, la question n’est plus de savoir comment une entreprise intégrée peut tirer un avantage concurrentiel via un processus interne de responsabilisation, mais comment un ensemble d’entreprises juridiquement indépendantes peuvent parvenir à concevoir et valoriser une série de pratiques socialement responsables.

Face à ce questionnement, notre objectif dans cet article est de poser les briques analytiques permettant de comprendre les enjeux et freins associés à l’émergence d’une initiative transversale de responsabilisation (ITR) . Pour ce faire, nous nous appuierons sur l’appareillage analytique développé par la théorie des coûts de transaction (TCT), qui s’interroge sur les conditions d’émergence de nouveaux marchés et les dispositifs de gouvernance intra- et inter firmes (Williamson 1985; Baudry 2004; Williamson 2008).

Notre propos est structuré comme suit : la première partie explore les enjeux sous-jacents à l’émergence d’une ITR. Nous montrons qu’un telle initiative soulève des enjeux d’une double nature : d’une part, des enjeux économiques liés aux coûts de reconfiguration des processus de production et de réorganisation de la chaîne de valeur, d’autre part, des enjeux politiques liés à la modification des rapports de force dans la chaîne de valeur et à la répartition des investissements et des gains générés par l’initiative de responsabilisation. La seconde partie de l’article identifie deux variables affectant ces enjeux, et différencie quatre situations types d’ITR. Ces situations renvoient à des enjeux différenciés en termes d’action collective, et nécessitent des solutions de gouvernance spécifiques.

Au final, notre article vient amender l’approche Strategic CSR, en soulignant que l’émergence des « marchés de la vertu » est rendu largement plus complexe par la fragmentation des chaînes de valeur. Nous contribuons ainsi à expliquer pourquoi ces marchés ne se développent pas aussi vite qu’attendu (Chatterji et Levine 2005; Vogel 2006).

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Regard sur les économies des proximités

Pour télécharger : Gomez RFG 2011

Ce numéro spécial de la Revue française de gestion présente des travaux dont le point commun est de considérer la proximité entre les acteurs comme une dimension déterminante des situations de gestion qui sont décrites. Ces travaux ont été repérés lors de la XIXème conférence annuelle de l’Association Internationale de Management Stratégique (AIMS) qui s’est tenue du 2 au 4 juin 2010 à Luxembourg. Nombre d’exposés, à cette conférence, mettaient  au jour une problématique transversale : la plus ou moins grande proximité entre les acteurs a des conséquences sur les processus et les performances des organisations. La concentration physique d’individus (dans une organisation) ou d’organisations (sur un territoire) crée des effets de proximité qui ne peuvent être ignorés. C’est ce que nous appelons après Bellet et al. (1993) l’économie des proximités.

Qu’entend-on par proximité ?

La prise en compte de la proximité est susceptible de différentes interrogations qui incluent la proximité intellectuelle ou culturelle (comme la référence à une même culture ou la référence à des conventions communes), l’usage d’outils qui mettent en contact des acteurs physiquement éloignés (comme le téléphone ou l’Internet) ou encore l’appartenance à des réseaux impliquant des liens plus ou moins forts ou faibles. Ainsi, la dialectique du près et du loin joue-t-elle à différents niveaux d’éloignement ou de rapprochement qu’ils soient psychologiques, culturels, sociaux ou physiques.

Au sens strict, les recherches en gestion s’intéressent d’abord à la distance physique entre les acteurs et se concentrent sur la dimension spatiale de la proximité. Cette problématisation s’appuie sur deux inspirations, l’une issue de la psychologie sociale, l’autre de l’analyse économique.

Approches psycho-sociologiques

Les approches psycho-sociologiques suggèrent que la plus ou moins grande proximité physique est un élément caractéristique de la communication entre individus. Elle s’est beaucoup appuyée sur les travaux de psychologie behavioriste, notamment ceux de Edward Hall, auteur du concept de proxémie (Hall, 1966). La proxémie est l’analyse de la distance physique entre des acteurs et de la façon d’occuper l’espace en présence de l’autre : distance matérielle lors des échanges, interdiction ou non du toucher, importance sociale des contacts fréquents, etc. Tout membre d’un groupe social maintient une « distance subjective » avec son entourage qui lui permet de conserver son intimité et donc sa capacité de réflexivité. En conséquence, il entre en relation avec les autres en se tenant à une certaine distance, à la fois subjectivement nécessaire et socialement informative car elle constitue un élément de son discours, une caractéristique de sa culture ou de son rang social. La proximité est pour Hall et l’école behavioriste, un élément de la communication, donc de la culture. Pour la gestion, il en résulte deux conséquences :

•    Le corps en situation parle au même titre que l’intellect ; l’espace est le lieu de ce discours et il structure sa grammaire. La compréhension des acteurs en situation de gestion doit intégrer la dimension spatiale de leurs relations qui est à la fois l’expression et la condition de leur communication et donc de leur comportement final.

•    Inversement, la mise à distance spatiale des acteurs impacte leur communication et leur compréhension mutuelle. On peut par exemple caractériser une « culture d’entreprise » à partir de la distance entre les employés, et la considérer comme une dimension cruciale pour appréhender les effets de taille dans les organisations (Torrès 2003).

Approches économiques

De nombreuses approches économiques invitent à tenir compte de la proximité physique entre les acteurs pour comprendre la performance des organisations. Dans son étude de la littérature économique, Grossetti montre que trois raisons sont couramment avancées par les auteurs de cette discipline : les effets sur les coûts, sur l’innovation et sur les réseaux sociaux (Grosseti 2000).

•    Effets sur les coûts économiques : Lorsque les acteurs se rencontrent physiquement, ils échangent des informations plus complexes et plus rapides ce qui impacte les coûts de transaction et donc les contrats qui se nouent entre eux comme l’avait montré Williamson (Williamson 1975). De la même façon, les relations d’agence ou les conventions sont modifiés selon que les flux d’information entre les acteurs sont courts ou longs, directs ou indirects, nombreux ou rares (Gomez 1994). La proximité physique est donc une variable intervenant dans le calcul du coût économique.

•    Effets sur l’innovation : La distance entre les acteurs et les types de contacts qu’ils entretiennent enrichissent plus ou moins le savoir commun partagé et, en particulier, la communication des connaissances tacites Dans des espaces étroits, avec une forte proximité, ce savoir se transmet facilement de façon intersubjective et non codifié. L’innovation est alors plus émergente et liée aux relations individuelles (Nonaka et Takeuchi 1995).

•    Effets sur les réseaux et sur la force des liens sociaux sont bien connu depuis, en particulier les travaux de Bourdieu (1979) : la proximité physique, la fréquentation des mêmes espaces, en fortifiant les liens sociaux ou en limitant leur nombre, influe sur l’accumulation de capital social distinctif des acteurs et donc sur leurs relations économiques. Elle permet des effets de clans et de solidarité qui sont autant de ressources dans lesquelles l’individu peut puiser. En sens inverse, elle limite l’étendue de ces réseaux.

Au total, l’inscription des acteurs dans des espaces géographiques et donc la plus ou moins grande proximité physique entre eux est une dimension de l’échange communicationnel et des performances économiques qui en résultent. Cette dimension cachée¸ selon le titre de l’ouvrage de Hall, ne peut être négligée pour décrypter le fonctionnement des organisations dans leur contexte, à partir des interactions entre acteurs qui les animent.

Proximités intra et inter- organisationnelles

La proximité entretenue entre les acteurs se cristallise dans des institutions (selon les types d’entreprises), des structures organisationnelles (selon les formes hiérarchiques) ou des contextes économiques (bassin d’emplois, marchés). Elle crée ainsi des voisinages stables caractérisés par la longueur des distances entre ceux qui les fréquentent : hiérarchie courte ou longue, liens forts ou faibles dans des réseaux, facilité et récurrences des relations. Les recherches en gestion ont abordé deux types de proximité selon qu’elle concerne le milieu dans lequel se situe l’organisation (proximité inter-organisationnelle), ou la manière dont l’organisation structure les relations de proximité entre ses membres (proximité intra-organisationnelle) (Boulba-Olga et Grossetti 2008).

Proximités inter-organisationnelles

La proximité inter-organisationnelle s’intéresse à la plus ou moins grande distance entre des organisations qui constituent un environnement économique. Depuis les travaux d’Alfred Marshall (1906), les recherches en économie et en gestion ont intégré la prise en compte des territoires dans lesquels évoluent les entreprises. La concentration géographique crée des effets de synergie en cristallisant les relations inter-organisationnelles de manière durable dans une zone ou un district industriel, un cluster ou un pôle de compétitivité. Les effets économiques dus au regroupement d’organisations dans un espace étroit ont permis de définir une « économie de proximités » (Bellet et al., 1993). Certains auteurs ont décrit les districts industriels comme des lieux géographiques d’accumulation de savoir-faire et de capital social collectif, mais aussi de solidarité dans la durée entre les organisations (Beccatini, 1989 ; 1992 ; Capecchi, 1989). D’autres ont montré comment la concentration géographique d’entreprises et de centres de recherche produit des clusters comme la Silicon Valley (Saxenian, 1994), et des transferts de savoirs explicites ou tacites accélérant les innovations (Audretsch et Feldman, 1996). On oppose l’émergence spontanée de zones géographiques denses par attraction des entreprises (les clusters), à la création intentionnelle de telles zones par les pouvoirs publiques ou une entreprise leader (les pôles de compétitivité). Dans les deux cas, il y a autorenforcement des effets positifs des proximités inter-organisationnelles (Bouba-Olga, 2006).  Il en résulte que les entreprises intègrent leur proximité vis-à-vis de ressources informationnelles et technologiques rare comme un élément de leur stratégie (Rallet, 1993). Cette concentration a été particulièrement étudiée comme un facteur favorisant l’innovation parce qu’elle permet des relations informelles et donc un transfert d’informations complexes grâce aux distances interindividuelles et inter-organisationnelles courtes (Planque, 1987). C’est pourquoi, l’analyse stratégique s’est intéressée aux avantages concurrentiels associés la localisation géographique (Porter, 1990). Enfin l’émergence d’un secteur de services de proximité interpelle les politiques publiques sur la renforcement de marchés situés dans des espaces étroits comme contre modèle à la globalisation.

Proximités intra-organisationnelles

La plus ou moins grande proximité entre des acteurs au sein d’une organisation ou d’une entité organisationnelle, renvoie aussi à la question classique de la coordination et donc de la structure de l’organisation. Si la proximité permet la supervision directe des activités, plus la distance grandit, plus les outils de gestion permettront de médiatiser les relations entre acteurs, ou avec les objets manipulés par les acteurs. Ce processus de rationalisation par les outils de gestion implique une diminution de la complexité communicationnelle réduite à quelques dimensions symboliques (essentiellement chiffrées) et normalisées (reporting, tableaux d’évaluation, normes etc.).
Parallèlement, la mise à distance entre managers et managés produit une complexification de la coordination organisationnelle comme les recherches l’ont montré dès les années 1960. L’école d’Aston (Pugh et al., 1968) a mis en évidence l’effet de taille et de distance interindividuelles comme vecteur d’analyse fondamental des différentes catégories d’organisations (Kalika, 1988). Leibenstein (1987) a introduit cette dimension spatiale dans son analyse des X-efficiences et des conventions d’effort caractérisant les organisations en montrant qu’une partie de la valeur créée dans l’entreprise est due aux ajustements interindividuels permis par leur proximité. La typologie des configurations organisationnelles proposée par Mintzberg (1982) fait un lien entre les formes contingentes du voisinage organisationnel et la manière dont l’entreprise structure la proximité plus ou moins fort entre ses membres pour assurer soit des formes d’auto-ajustement (pour l’adhocratie) soit une de supervision hiérarchique palliant l’absence de contacts directs entre décideurs et exécutants (pour la bureaucratie mécaniste).
 Le champ des PME est particulièrement approprié pour étudier ces effets. On aurait tort de le confiner dans une dialectique du petit (la PME) et du grand (la multinationale), alors que ses travaux éclairent toutes les entreprises sur les effets positifs et négatifs de la distance entre les acteurs dans les organisations. C’est la dynamique de croissance des organisations vue comme dilatation de leurs relations intra-organisationnelles qui est ainsi mise en lumière (voir Marchesnay, 1993 ; Torrès, 1998). La recherche a aussi tenté de comprendre les nouvelles formes de management qu’induit l’affaiblissement de la proximité entre manager et managé, due à la taille des entreprises.

L’intérêt pour réinvestir un management de la proximité est symptomatique de la nécessité de tenir compte de cette dimension au fur et à mesure que l’entreprise dilate les distances à la fois géographiquement, du fait de la globalisation, et technologiquement, du fait de l’usage de technologies informatiques de virtualisation des relations physiques. Le commerce à distance, le télétravail ou la globalisation des marchés nécessitent de réinvestir la relation directe avec le client, l’employé ou le marché local avec lequel se réalisent concrètement le travail et l’échange. C’est pourquoi la manière dont la proximité physique est gérée est réintroduite comme un élément de performance des entreprises (Monge, Rothman, et Eisenberg,  1985 ; Dampérat, 2006). Il existe désormais de nombreux travaux cherchant à analyser la performance du travail distribué entre des acteurs dans des espaces différents, soit selon la distribution de la chaîne logistique dans l’espace (Colin, 2005), soit  selon la proximité ou la distance qu’ils entretiennent dans un même cadre de travail (pour des synthèses Michinov, 2008 ; Hinds et Kiesler, 2002). L’émergence dans les entreprises du terme « manager de proximité » traduit à la fois les problèmes de coordination intra-organisationnelle qui se posent aux entreprises et la nécessité de les atténuer en réintroduisant des relations de proximité courtes entre managers et managés.

A qui a profité la financiarisation ?

Pierre-Yves Gomez publie une tribune dans le numéro 40 de la revue Analyse Financière, il s’interroge sur les acteurs qui ont bénéficié de la financiarisation. Retrouvez également le point de vue de Caroline Weber.

Pour télécharger : Gomez-Weber 2011

Penser le travail et la souffrance dans l’organisation néolibérale

Pour télécharger : Chapitre Daudigeos Valiorgue Nouvelles organisations du travail1

Ces trente dernières années ont été marquées par d’importantes évolutions dans la  mobilisation de la ‘ressource humaine’ par les entreprises. Personne ou presque ne remet en cause le fait établi et maintes fois illustré selon lequel l’entreprise contemporaine n’aurait qu’un lointain rapport avec la fabrique taylorienne du XIXème siècle, ou la bureaucratie étouffante des années d’après guerre. Le modèle de l’entreprise de ce début de siècle « est censé consacrer la fin des hiérarchies, de l’arbitraire patronal, de la surveillance et du contrôle strict. L’avènement de la coopération, de la participation, de la responsabilité et de la décentralisation sont célébrés à grand renfort d’études sociologiques » (Courpasson, 2000, p. 15). Nulle part mieux que dans l’entreprise, l’initiative, la compétence, le volontarisme, le développement personnel et la prise de risque ne seraient récompensés et valorisés comme des qualités incontournables (Coutrot, 1999).

Cette représentation humaniste et libérale de l’entreprise occulte pourtant une large part des conditions dans lesquelles les salariés évoluent dans la réalité. L’actualité illustre avec tous les excès journalistiques qui accompagnent le fonctionnement de nos démocraties avancées que l’entreprise est aussi un lieu d’exclusion et de souffrance (Dejours, 1994, 2007, Dejours et Bègue, 2009). Burn out, dépression, suicides, actes de vandalisme, explosion des maladies professionnelles… le fonctionnement réel des entreprises est loin de correspondre à l’idéal humaniste et libéral décrit par de nombreux travaux (Aubert et Gaulejac, 2007). La vie en entreprise ressemble, pour beaucoup, à une épreuve à l’issue incertaine. La violence des échanges et la dureté des conditions amènent plus d’un salarié à prendre la parole et faire part d’une réelle souffrance au travail. Souffrance qui se manifeste çà et là par l’apparition de comportements violents à l’égard des entreprises, de leurs représentants ou tout simplement contre l’outil de production.

Cette situation de conflits, de souffrance, d’insatisfaction, de malaise au travail n’est historiquement pas nouvelle, bien évidemment, il s’agit même pour certains d’une constante dans le fonctionnement des entreprises (Lordon, 2008). Néanmoins depuis au moins la fin de la seconde guerre mondiale, les relations que les entreprises entretenaient avec leurs salariés, sans être exemptes de tensions et d’insatisfactions, semblaient faire l’objet d’une certaine régulation. Les entreprises avaient trouvé avec leurs partenaires sociaux un ensemble de règles et de structures permettant de canaliser les conflits et traiter les revendications des salariés (Castel, 1995 ; Reynaud, 1982, 1995 ; Boyer et Fressenet, 2000).

La thèse que nous défendons ici est que les entreprises contemporaines ne génèrent pas forcément un plus grand nombre de situations conflictuelles et d’insatisfactions mais qu’elles ne disposent plus des moyens et dispositifs pour traiter la souffrance et l’insatisfaction au travail. C’est cette souffrance et cette insatisfaction qui, ne faisant l’objet d’aucun traitement, exaspèrent les salariés et les amènent à une « prise de parole » en dehors des instances classiques de la régulation sociale. Pour le dire autrement, la souffrance et la violence au travail dans les entreprises révèlent moins la dureté du régime capitaliste contemporain que les difficultés que rencontrent les entreprises pour traiter les attentes et revendications des salariés. C’est paradoxalement parce qu’il n’y a plus de « conflit sociaux institutionnalisés » que la violence et la souffrance au travail ressurgissent.  

Dans ce chapitre nous revenons sur les évolutions qui conduisent à un accroissement de la conflictualité et de la souffrance au travail. Pour ce faire, nous proposons et développons dans un premier temps une définition de l’entreprise et de son fonctionnement. A partir de cette définition, nous abordons ensuite les transformations auxquelles les entreprises contemporaines font face en matière de gouvernance et de management. Nous montrons  comment ces transformations affectent les individus et génèrent potentiellement plus de violence et de souffrance au travail. Nous concluons en soulignant la nécessité d’un renouveau du dialogue social afin de mieux traiter les attentes du corps social.    

 

Conditions for Value Creation in the Marketplace Through the Management of CSR Issues

What conditions enable firms to create economic value in the marketplace via corporate social responsibility policies?

The value creation question is a time-honored debate within the CSR research community, yet remains far from being solved. Research to date has mainly focused on the “whether” question, i.e. whether socially-responsible firms prove more profitable (Margolis & P. 2003; Orlitzky, Schmidt et al. 2003; Smith, 2003). All these papers have in some way responding to Nobel Prize-winner Milton Friedman’s famous 1970 article stating that the sole responsibility of business was to make profits (Friedman, 1970). The echo of this bitter denunciation of CSR experimentations was such that the quest for proof of responsible profitability remained the sole visible path for CSR researchers to survive the neo-classical win-lose argument (Levitt, 1958; Friedman, 1962; Drucker, 1984; Walley & Whitehead, 1994; Kapstein, 2001, Cairncross, 1992).

Consequently, at the end of the 90s, researchers started to join mainstream multinationals and CSR consultants in asserting the virtues of the triple bottom line (Elkington, 1994).

Nevertheless this statement may appear counterintuitive on a number of counts (MacWilliams & Siegel, 2006; Vogel, 2006; Davis, 2008). If integrating social responsibilities carried zero costs or was even a systematically win-win mechanism of value creation, as it is purported to be in the ‘CSR industry’ and its ‘business case’ concept (Elkington, 1994; Berger & al. 2007), the subject would long since have become hackneyed and the problems resolved by firms whose primary function is to maximize shareholder profits (Friedman, 1962; Jensen & Meckling, 1976; Jensen, 2002).

This apparent paradox inherent to CSR is being increasingly emphasized by commentators across the board, from critical schools of thought (Gray, 2001) to institutional economists (Campbell, 2007) and back to sociologists researching social movements (Davis et al., 2007).

This paper approaches the problem from a different angle, investigating the requisite conditions for profitable society-and-market-based value creation. Our arguments are not anchored on Friedman’s statement but instead on another “Nobel Prize” winner, Kenneth Arrow, whose 1973 article “Social responsibility and economic efficiency” defined CSR as the capacity of firms to rectify market failures (Arrow, 1973). Arrow listed different ways “the economic activity of one firm may affect other members in the economy” (1973: 303) and concluded that “The question of social responsibility takes very different forms with regard to the different items on this varied list. It is not a uniform characteristic at all.” (1973: 304). He then called for a research that could take into account the variety of CSR issues and concluded that “some effort must be made to alter the profit maximizing behavior of firms in those cases where it is imposing costs on others which are not easily compensated through an appropriate set of price.” (1973: 307).

Starting out from this statement, we draw on externality theory to study the question of profitable social issues management. Our paper contends that this economic theory has still many insights to bring to current strategic thinking on CSR, especially the analytical grids proposed for categorizing types of market failures and thus classifying the types of externalities that companies shed onto their stakeholders.

We mirror a recent article by C. Crouch reframing the CSR dilemma in new terms: “for any firm, reducing negative externality (…) will inevitably involve actions that will incur costs yet for which there is no payment. This issue is pivotal to CSR: how can a profit-maximizing firm be expected to engage in this kind of action?” (Crouch, 2006, p.1534). Our article responds to this apparent contradiction by investigating the possibilities for a CSR-driven strategy of externality internalization while highlighting the market conditions governing its real-world implementation. We provide insight into how far a firm can be expected to demonstrate social responsibility through the profitable internalization of the negative externalities they previously offloaded onto stakeholders, and under what conditions. We thus intend to contribute to the Strategic CSR thread while highlighting the conditions for an alignment between social performance and competitive advantage.

Our argument begins by setting out clear conceptual points. We draw on externality theory to synthesize conceptual ties between externalities, social issues, and CSR. Then, starting out from research published by a number of commentators, we go on to show that CSR can be defined as the voluntary internalization of negative externalities. We then sharpen the definitions set by incorporating specifics on the concept of negative externality by building a framework of externalities types (I). We go on to envision the requisite condition-sets that would enable the internalization of negative externality to benefit society and generate added market revenue for the internalizer-business at the same time. We highlight the three requisite conditions pinpointed: a willingness among some stakeholders to pay, low transaction costs, and social acceptability for the transactions made. We then cross-match these three conditions to the pre-established externality categories to sketch out in detail the strategies available enabling a business to profitably internalize its negative externalities (II).

 

Méfiance et conflits d’intérêts

Pierre-Yves Gomez revient dans sa chronique mensuelle sur la nouvelle mode en matière de gouvernance des entreprises : les conflits d’intérêts. Il montre que loin de chercher l’absence de conflits d’intérêt, la gouvernance constitue précisément à trouver des solutions pour les résoudre.

Pour télécharger : 2011-03-Le_Monde_Economie

Lancement officiel du CPR sur le contrôle interne

Ce Cahier pour la Réforme est un outil de synthèse sur le rôle que peut jouer le contrôle interne dans la gouvernance des entreprises. Son objectif est de présenter les débats sur la relation entre la logique de contrôle des activités de l’entreprise et l’exercice de la gouvernance au sens large du terme.

Le professeur Pierre-Yves Gomez présente le cahier le mercredi 6 avril 2011 de 8h à 10h au Palais du commerce-place de la Bourse (Salle Tony Garnier).

Lancée à l’initiative de Lyon Place Financière et tertiaire, ce cahier pour la réforme est articulé autour de 5 questions :

Question 1 : Est-il nécessaire de définir a priori un périmètre des risques ?
Question 2 : Le contrôle interne constitue-t-il un frein à la culture entrepreneuriale ?
Question 3 : Quel périmêtre de consolidation des risques ?
Question 4 : Le contrôle interne donne-t-il une image juste de l’entreprise ?
Question 5 : Le contrôle interne peut-il se passer de l’éthique ?

Chaque question a été préparée par les membres de la commission puis discutée durant les sessions de travail. Ce cahier présente une synthèse des discussions et des débats. Pour chaque question, on trouvera la même présentation : les controverses évoquées, des analyses et des propositions.

contact : perrier@em-lyon.com

Pour télécharger : controle interne IFGE

Contrôle interne et gouvernance d’entreprise

Le contrôle interne suppose de délimiter et surveiller les risques tandis que l’activité entrepreneuriale consiste à prendre des risques, à tous les niveaux de l’entreprise. Ces deux exigences créent des tensions mais aussi des opportunités pour l’organisation. Ce Cahier n’a pas pour vocation de décrire le contenu, les techniques et les pratiques de contrôle interne des risques, mais de proposer une réflexion sur la manière dont le contrôle interne reflète et participe pleinement à la gouvernance de l’entreprise.

Une commission de travail s’est réunie dans le cadre de Lyon Place Financière et Tertiaire entre septembre 2008 et juin 2009 pour approfondir ces questions. Animée par Pierre-Yves Gomez, directeur de l’IFGE/EMLYON Business School, elle était composée de responsables du contrôle interne d’entreprises cotées ou non et intervenant dans différents secteurs d’activité, d’avocats et de consultants. L’objectif de la commission n’était pas d’échanger sur des problèmes organisationnels et techniques de contrôle interne, mais de s’interroger sur la place du contrôle dans la gouvernance des entreprises avec une opposition clé : contrôle des risques vs délégation de prise de risques.

La réflexion s’est articulée à partir de 5 questions, définies lors des premières rencontres de la commission comme étant susceptibles de cerner le sujet.

Question 1 : Est-il nécessaire de définir a priori un périmètre des risques ?
Question 2 : Le contrôle interne constitue-t-il un frein à la culture entrepreneuriale ?
Question 3 : Quel périmêtre de consolidation des risques ?
Question 4 : Le contrôle interne donne-t-il une image juste de l’entreprise ?
Question 5 : Le contrôle interne peut-il se passer de l’éthique ?

Chaque question a été préparée par les membres de la commission puis discutée durant les sessions de travail. Ce cahier présente une synthèse des discussions et des débats. Pour chaque question, on trouvera la même présentation : les controverses évoquées, des analyses et des propositions.

Contact : gomez@em-lyon.com

Télécharger : CPR controle interne 2010

Pierre-Yves Gomez, nouveau gourou du management ?

Les grandes théories managériales ont vécu, une multitude de concepts innovants revisitent l’organisation et la stratégie de l’entreprise : créativité collective, résilience, responsabilité sociale, gouvernance… L’Expansion enquête sur les chefs de file influents du moment.

Pierre-Yves Gomez et les travaux de l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises attirent une attention grandissante de la part des parties prenantes du gouvernement des entreprises.

Il ressort de cette étude une transformation des objets d’étude mais également un retour de la dimension politique de l’entreprise. Perspective défendue dès son création par l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises.

Contact: perrier@em-lyon.com

Pour télécharger : 2010-11-24-expansion

Thèse de Benjamin Chapas sur les controverses générées par la rémunération des dirigeants

Pour télécharger : Thèse B_Chapas

La justification du « prix » des dirigeants dans l’idéologie libérale. Une interprétation girardienne de la controverse publique sur la rémunération des dirigeants (1989-2008)

La thèse de Benjamin Chapas porte sur la question de la rémunération des dirigeants de grandes sociétés cotées et, de manière plus précise, sur les problèmes de justification posés par certains montants et pratiques de rémunération. L’enjeu est d’étudier l’origine et la signification de la controverse publique sur le sujet en la mettant en rapport avec le modèle économique libéral qui dit que le « prix » du dirigeant est un simple prix de marché, soit le produit d’une confrontation entre une offre et une demande de travail managérial de haut niveau. En cela, notre objectif n’est pas de porter un jugement ou une simple évaluation sur la rémunération des dirigeants, mais de comprendre comment et en quoi la controverse étudiée fait problème, comment et en quoi elle interroge, en miroir, la nature et le fonctionnement des sociétés libérales. La démarche est donc « compréhensive », au sens où il s’agit de prendre appui sur le discours des acteurs de la controverse pour « déconstruire » un modèle de justification en apparence élémentaire, qui est aussi l’expression de l’idéologie dominante.

La thèse se compose de cinq chapitres.

Dans le premier chapitre, consacré à la présentation de l’épistémologie et de la méthodologie de notre recherche, nous commençons par rappeler que cette problématique nous situe dans le champ de la « sociologie de la critique » – qui analyse les conditions de la critique par le corps social et ses conséquences sur la dynamique des sociétés. Notre objectif est d’insister sur la nature essentiellement interprétative de notre travail, dans le cadre duquel il nous faut saisir la manière dont le sens commun fait prise avec la question de la rémunération des dirigeants à partir des « traces » que les acteurs ont laissées dans la presse écrite. Par suite, nous précisons quelles sont les règles d’une interprétation réussie dans cette perspective, c’est-à-dire fidèle aux transformations que les acteurs font eux-mêmes subir au dossier à travers leurs dires et/ou leurs actions. En veillant à ce qu’un retour sur le contenu de leurs arguments soit toujours possible, ce qui est crucial dans une optique compréhensive, nous montrons que cela passe par la création d’un « langage-pivot ». Soit un langage qui, à partir de la langue des acteurs et sur la base de recoupements qu’ils feraient naturellement entre des désignations a priori hétérogènes, rend possibles des opérations qui ne peuvent être menées sans aucune instrumentation étant donné la taille de notre corpus de textes (1041 textes). C’est ainsi qu’en ancrant notre méthode au cœur du raisonnement interprétatif, nous nous donnons la possibilité de faire prise avec les grandes tendances de la controverse publique et, partant, d’interpréter un phénomène qui est surprenant au regard de l’omniprésence du modèle économique libéral dans la sphère académique.

Car comme nous le montrons dans le chapitre 2, ce modèle laisse à penser, dans son épure théorique, que cette controverse n’a tout simplement pas lieu d’être ; le « prix » du dirigeant étant censé refléter fidèlement sa « valeur » en raison de la concurrence qui s’exerce sur le « marché des dirigeants ». Aussi, pour expliquer malgré tout l’existence de la controverse sur rémunération des dirigeants, nous posons une hypothèse : celle de l’inculture économique des acteurs. Cette hypothèse vient naturellement à l’esprit au regard de l’apparent décalage qui existe effectivement entre les troubles que cette problématique provoque au niveau social et la solidité du modèle économique libéral auquel se réfèrent la grande majorité des chercheurs qui travaillent sur la rémunération des dirigeants. C’est ainsi qu’après la présentation du modèle, au sein duquel la justification de la rémunération des dirigeants se voit fondée sur la reconnaissance de leurs performances relatives, nous montrons que l’on retrouve de nombreux indices, dans le discours des acteurs, de cette « solution libérale » au problème de la rémunération des dirigeants. Selon nous, cela ne signifie pas que les acteurs connaissent le modèle théorique, mais qu’ils n’ignorent pas ses mécanismes et se réfèrent implicitement à lui. Ce qui est néanmoins suffisant pour invalider l’hypothèse d’ignorance des acteurs et justifier que nous ayons à chercher ailleurs l’origine et les causes de la controverse publique sur la rémunération des dirigeants.

À cette fin, nous posons une nouvelle hypothèse de travail dans le chapitre suivant, celle des contradictions internes du modèle économique libéral. Cette hypothèse vient à son tour à l’esprit pour expliquer l’existence de la controverse après avoir montré que les acteurs n’ont de cesse de s’y référer. Aussi, pour la « tester », nous commençons par prendre appui sur un certain nombre de contradictions empiriques relevées dans la littérature savante. Cela afin de montrer qu’il est de prime abord difficile d’objectiver le lien entre rémunération des dirigeants et performance de l’entreprise. Sur cette base, nous faisons ensuite le constat que les acteurs de la controverse publique émettent des critiques qui ne sont pas étrangères aux arguments des théoriciens du « pouvoir managérial », qui voient dans ces contradictions la marque de la « non-réalisation » des promesses libérales. C’est ainsi que les uns et les autres estiment que, dans le cadre libéral, les problèmes sont notamment dus au fait que les dirigeants ont le pouvoir d’instrumentaliser les dispositifs d’incitation et de contrôle censés réguler leur opportunisme et garantir, par suite, que seuls les « meilleurs » d’entre eux sont récompensés. Ce qui, à nos yeux, signifie que la controverse sur la rémunération des dirigeants offre comme un « écho du savoir », au sens où l’on retrouve les difficultés sur lesquelles buttent tous les théoriciens qui, dans la perspective libérale, appréhendent la problématique de la justification de la rémunération des dirigeants sur la base d’une résolution (supposée) automatique par les « lois du marché ».

Dans le chapitre suivant, nous orientons alors l’analyse vers la compréhension des raisons pour lesquelles les acteurs continuent de se référer à un modèle qui est intrinsèquement problématique sur la question des rémunérations. Pour cela, nous testons l’hypothèse selon laquelle cet attachement n’est pas indépendant de la capacité de la pensée libérale à résister au défi posé par l’existence de ses contradictions internes en raison d’une croyance forte : celle selon laquelle ces dernières peuvent être dépassées dans un avenir plus ou moins proche. C’est ce que nous nommons « l’eschatologie libérale ». L’analyse du discours des acteurs nous permet ensuite de confirmer que cette « eschatologie libérale » joue comme une « compensation » par rapport aux problèmes de justification que posent certains montants et/ou pratiques de rémunération des dirigeants. Le fait que ce soit avec le marché, plutôt que sans, que les acteurs de la controverse comptent régler les problèmes de justification de la rémunération des dirigeants dans le futur est particulièrement significatif sous ce rapport. Selon nous, cela confirme qu’à l’instar des théoriciens du modèle économique libéral, les acteurs sont plus profondément attachés qu’ils ne le disent aux « valeurs » du libéralisme, qui semblent ainsi constituer le seul horizon « souhaitable » en dépit de tous les problèmes de régulation posés par l’opportunisme supposé des individus.

Dès lors, dans le dernier chapitre, nous tentons de dégager une interprétation plus générale de la controverse sur la rémunération des dirigeants. Ceci notamment pour savoir si les acteurs ne courent pas après une chimère en matière de justification de la rémunération des dirigeants, soit un idéal de justice « eschatologique » qui serait inatteignable. En nous fondant sur le modèle mimétique de René Girard, selon lequel le désir pour un objet se fait d’autant plus fort que ce dernier résiste à sa capture, nous montrons que cette hypothèse est d’autant plus crédible que les critères de la justice libérale semblent être en soi irréalisables – ce qui stimule le désir de justice des acteurs. Nous montrons alors que le mouvement régulier des « scandales » auquel nous assistons en matière de rémunération des dirigeants se présente comme l’aboutissement logique de cette ruse de la raison… Les acteurs y trouvant de quoi nourrir l’impression que les efforts qu’ils fournissent pour obtenir la justice ne sont pas vains même si cela se paie au prix d’une injustice qui, pour sa part, se méconnaît.

Dans la conclusion de ce travail, nous tirons alors les enseignements sur la manière dont la controverse se structure autour de la « bouc-émissarisation » régulière de certains dirigeants. Phénomène à travers lequel on redécouvre que « partout et toujours, lorsque les hommes ne peuvent pas ou n’osent pas s’en prendre à l’objet qui motive leur colère [ici, des rémunérations jugées trop élevées], ils se cherchent inconsciemment des substituts, et le plus souvent ils en trouvent » (Girard, 2001, p. 60). Comme René Girard l’a montré, l’innocence ou la culpabilité du dirigeant n’a pas vraiment d’importance ici. En effet, c’est uniquement le recours au mécanisme social de désignation d’une victime expiatoire pour que l’illusion de justice soit conservée qui nous intéresse. Cela met en évidence que la controverse sur la rémunération des dirigeants fait émerger des structures de régulation sociale à l’intérieur du cadre libéral. Mais des structures de régulation qui sont, pour ainsi dire, très loin de répondre aux fondements de la pensée libérale, historiquement construite sur l’utopie humaniste d’une société de justice fondée sur la liberté individuelle et l’absence de violence. Ce qui trahit, in fine, l’incapacité de la société libérale à assurer et assumer les conditions de la modernité qui la fonde, la violence faite au « dirigeant-bouc-émissaire » pour maintenir l’idéal libéral de justice sociale relevant, au contraire, d’une logique propre aux sociétés archaïques telles qu’étudiées par René Girard.

Composition du jury:

M. Alain ALCOUFFE, Professeur, Université Toulouse 1, Rapporteur
M. Bernard BAUDRY, Professeur, Université Lumière Lyon 2
M. Olivier FAVEREAU, Professeur, Université Paris X, Rapporteur
M. Pierre-Yves GOMEZ, Professeur, EM Lyon, Directeur de thèse

Thèse de Melyan Mendy sur le gouvernement des entreprises en Afrique

Pour télécharger : THESE Melyan Mendy

Partant d’une part, du constat selon lequel tous les travaux sur le gouvernement des entreprises considèrent que la propriété de l’entreprise (actionnariale ou symbolique) est le fondement de la souveraineté et donc de la légitimité du dirigeant et d’autre part, du fait que trois définitions de la propriété coexistent au Sénégal, ce travail cherche à établir comment un dirigeant légitime ses pratiques en matière de gouvernement des entreprises dans le contexte sénégalais de multi-références à la notion de propriété.

En effet, sa position de carrefour des civilisations du monde donne au Sénégal une pléthore de mécanismes de régulation des affaires et un large éventail de sources de droits de propriété. Compte tenu de ces multiples références à la propriété comment peut-on définir le gouvernement des entreprises au Sénégal ?
 
L’objectif est d’observer la rationalité qui est en œuvre dans les pratiques de gouvernement des entreprises sénégalaises en particulier et africaines en général.

Pour ce faire, l’évolution des pratiques de gouvernement des hommes dans les entreprises africaines est questionnée et suivie pas à pas pour identifier, décrypter, décrire et analyser les référentiels sur lesquels les dirigeants des entreprises africaines s’appuient pour justifier leurs pratiques des entreprises.

Nous avons privilégié l’analyse des représentations des dirigeants des entreprises sénégalaises. Les données du terrain ont montré que les pratiques au Sénégal sont le résultat de bricolages que les dirigeants des entreprises effectuent en puisant dans les différents modèles de gouvernance se référant à des formes de propriété différentes, les éléments qui les arrangent.

Cet « arrangement » institutionnel définit des hybridations par emprunts sans aboutir à un modèle hybride unique. C’est un bricolage qui concilie l’efficacité économique et la solidarité communautaire ou clanique en formalisant les pratiques fondées sur la confiance et le contrôle (la première n’excluant pas le dernier).

On est non pas en présence d’un nouveau modèle de gouvernement d’entreprise mais d’une matrice de pratiques de gouvernement d’entreprise qui se voit assigner un rôle paradoxal.

D’une part, il en émerge un champ de pratiques inédites, d’autre part, cette matrice fait entrevoir le maintien de pratiques s’appliquant souvent de manière isolée selon les situations de gestion.

Mots-clés : Gouvernement des entreprises, Afrique, Sénégal, propriété, dirigeants, modèles mentaux, logiques de justification, changement institutionnel, hybridation, représentations, pratiques.

Membres du jury :

 
Monsieur Amadou Lamine DIA, Professeur des Universités, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Directeur de thèse.

Monsieur Pierre-Yves GOMEZ, HDR-ED.SEG Université de Lyon, EM Lyon Business School, Directeur de thèse.

Madame Isabelle HUAULT, Professeure des Universités, Université Paris-IX Dauphine, Rapporteur.

Monsieur Yvon PESQUEUX, Professeur des Universités, Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) de Paris, Rapporteur.

Monsieur Peter WIRTZ, Professeur des Universités, Université Lumière Lyon 2, Président du Jury.

Pour télécharger :

Les limites du traitement marchand de la responsabilité sociale de l’entreprise

Sur la base d’efforts généalogiques répétés, un certain consensus émerge quant à l’origine historique du concept de Responsabilité Sociale de l’Entreprise [RSE] et de ses principales manifestations [Capron et Quairel, 2007 ; Rousseau et Postel, 2008]. Prolongeant ces travaux, cet article interroge plus précisément les fondements de l’adhésion généralisée aux préceptes de la RSE. Au-delà d’une simple mode managériale, il est en effet surprenant de constater à quel point la RSE traverse les frontières sociales et économiques traditionnelles. Pouvoirs publics, syndicats, institutions internationales, associations et entreprises, tous s’y réfèrent explicitement dans une lecture à géométrie variable dont le plus petit dénominateur commun s’approche de la définition de la commission européenne : « l’intégration volontaire de préoccupations sociales et environnementales dans les activités commerciales » [Commission Européenne, 2001].

Pour télécharger : Daudigeos Valiorgue RFSE 2010

La rémunération des dirigeants : principes, mode de calcul et nouvelles pratiques

La controverse soulevée ces dernières années devient l’occasion de rappeler les grands principes et le mode de fonctionnement de la rémunération des dirigeants :

– Quelles sont les contraintes juridiques ?
– Quelles sont les options offertes par les textes en terme de structuration ?
– Quels régimes fiscal et social pour chaque composante de la rémunération ?
– Quels sont les fondements de cette rémunération ?
– Quels sont les liens avec la performance de l’entreprise ?
– Quelles sont les évolutions récentes ?

Voici autant de questions autour desquelles nous vous invitons à échanger en présence d’intervenants spécialistes du sujet.

Intervenants :
Xavier Rollet, avocat, Landwell et associés
Céline Pero-Armetta, avocate, Landwell et associés
Benjamin Chapas, enseignant chercheur ESDES – chercheur associé IFGE
Aurélien Eminet, enseignant chercheur ESDES – chercheur associé IFGE

contact : aeminet@univ-catholyon.fr

La gouvernance actionnariale et financière, une méprise théorique

Cet article montre que la théorie néolibérale de la finance et de la gouvernance ne pouvait pas s’appliquer au contexte économique des dernières décennies. La crise actuelle n’est pas due à un excès de néolibéralisme financier mais au fait que le cadre théorique néolibéral était inapplicable à la situation spécifique des années 1980-2008.

Après avoir rappelé le fondement néolibéral de la théorie de la gouvernance actionnariale, Pierre-Yves Gomez montre le décalage entre les hypothèses sur lesquelles repose le modèle néolibéral et la situation économique à laquelle il se réfère.

Il explique comment la théorie actionnariale et financière a servi de paravent idéologique à la recomposition du pouvoir dans les entreprises, dont certains dirigeants et investisseurs ont été les principaux bénéficiaires. 

 Pour télécharger : Gomez RFG 2010

‘Convention theory’: is there a French school of organizational institutionalism? AOM 2010

Télécharger: Daudigeos Valiorgue conventions_aomwp

Pourquoi vouloir rapprocher la théorie des conventions (TC) et la théorie néo-institutionnelle organisationnelle (TNIO) ? La première est née en France, d’abord en économie et en sociologie au début des années 1980 pour s’étendre ensuite à la gestion dans les années 90 (Orléan, 1994 ; Gomez, 1994). La seconde, largement diffusée au niveau international, est devenue pendant la même période, au vu du dynamisme de son programme de recherche et du nombre de publications, un des courants dominants de la théorie des organisations (Davis and Marquis 2005; Greenwood, Oliver et al. 2008). Les conventionnalistes pour la France, les néo-institutionnalistes pour le reste du monde ; nous pourrions en rester là.

Néanmoins, un premier argument d’ordre épistémologique invite au dialogue entre les disciplines. En effet, la singularité géographique ne serait constituer une raison suffisante à la multiplication sans fin des écoles de pensée. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer la balkanisation de la recherche en gestion en quête d’identité (Pfeffer 2007; AACSB 2007). Nous ne développerons pas ici d’avantage cet argument qui nous éloignerait trop des propos de cet article. Nous avançons plutôt un second argument qui nous semble plus fondamental. Construire des ponts entre ces deux courants théoriques est d’autant plus utile qu’ils partagent de nombreux postulats et embrassent le même projet théorique : offrir une vision socialisée des phénomènes organisationnels au-delà d’une rationalité instrumentale et maximisatrice. Tous deux s’inscrivent ainsi dans la lignée des perspectives « normatives » au sens de Hans Joas (Joas, 1996). Dans une perspective weberienne, les deux cadres théoriques proposent un dépassement d’une vision de la société purement utilitariste, en décrivant un autre monde où existent des valeurs forgées collectivement, des orientations communes à tous les sujets agissants ; des orientations qui ne sont pas seulement soumises aux calculs des individus mais qui permettent ces calculs (Weber 1967[1905]; Joas 1996). Enfin, une raison pragmatique nous pousse à vouloir poursuivre l’effort initié par d’autres (Gomez and Jones 2000; Leca and Naccache 2008). La fécondité du rapprochement des perspectives institutionnelles scandinaves et américaines à la fin des années 80 (Brunsson and Adler 1989; Brunsson and Olsen 1993; Czarniawska-Joerges and Sevón 1996; Boxenbaum and Strandgaard Pedersen 2009) constitue en effet une invitation claire à suivre le même chemin. Rapprochement qui peut permettre une fertilisation croisée et une augmentation du potentiel heuristique des deux cadres théoriques.

La première difficulté à résoudre est de choisir un périmètre de comparaison. La TNIO et, à un degré moindre, la TC sont des courants aux frontières floues et au contenu varié. Nous nous sommes donc dotés de règles de sélection claires. Pour la TNIO, la longue histoire et l’extrême foisonnement des travaux sont compensés par l’existence d’ouvrages collectifs majeurs, identifiés par le champ lui-même comme des piliers identitaires. The new institutionalism in organizational analysis de Powell et DiMaggio (1991) et Handbook of organizational institutionalism de Greenwood et al. (2008). Ces livres servant en quelque sorte de méta-référentiel, nous puiserons le matériel à analyser dans les références qu’ils contiennent. Quant à la TC, qui est largement transdisciplinaire, trois conditions nous ont semblé nécessaires pour considérer des travaux : tout d’abord, ces derniers font évidemment explicitement référence aux conventions. Ensuite, ils doivent avoir l’organisation comme objet d’analyse principal. Enfin il faut qu’ils soient une référence commune aux auteurs qui se réclament de ce courant.

Revenons à la question centrale qui nous préoccupe dans le cadre de cet article. Quelles sont les particularités de la théorie des conventions par rapport à la théorie néo-institutionnelle des organisations ?

Nous défendons dans ce papier que la TC peut venir enrichir les approches contemporaines de la TNIO à plus d’un titre : tout d’abord, elle complète le modèle d’action institutionnalisée en portant une attention particulière au rôle de l’évaluation et du jugement dans la coordination. Cette dernière est constituée par des processus de qualification qui se fondent sur des principes supérieurs de justice et s’appuient sur des dispositifs matériels d’évaluation des comportements. D’autre part, l’attention portée à ces deux composantes du processus de qualification éclaire d’une lumière nouvelle la question de l’émergence et de la dynamique des institutions au cœur du programme de recherche de la TNIO depuis le milieu des années 90. La TC met en effet en avant deux pistes de structuration de l’action absentes de la théorie néo-institutionnelle. Premièrement, elle souligne le rôle que peut jouer la qualité intrinsèque de la convention. Les niveaux d’efficacité de l’énoncé de l’institution et du dispositif matériel qui la soutient peuvent ainsi participer à son maintien, à sa diffusion ou à son retrait. Deuxièmement, grâce au concept de compromis, la TC décrit une voie possible de résolution de la compétition entre plusieurs institutions au sein d’un même champ, problème mal traité par la TNIO jusqu’à présent. Le compromis en définissant un bien commun qui relie plusieurs logiques institutionnelles plus ou moins congruentes – ordres de grandeur chez Boltanski et Thevenot –  permet ainsi de définir des modalités de coordination stables malgré les divergences de rationalisation initiales et de réduire l’incertitude intrinsèque à la coordination.

Nous commençons l’article en justifiant l’intérêt d’un dialogue entre ces deux courants de recherche en soulignant leurs points de rapprochement (I). Pour cela, nous étudions les théories dont elles se sont inspirées (I.1.), leur rapport à la théorie économique standard (I.2.) et les postulats et les questions de recherche qu’elles partagent (I.3.). Puis, dans un deuxième temps, pour interroger leurs différences, nous nous livrons à un examen systématique de leur appareillage analytique (II). Institution, convention, justification, théorisation, ordre de grandeur, logique, cité, monde, champ, compromis, compétition de logiques ; tous ces concepts sont explicités et comparés deux à deux pour faire ressortir des divergences dans leur capacité à saisir des objets et des pratiques. Nous montrons à l’issue de ces comparaisons de quelle manière la TC peut enrichir la TNIO (III).

Mots clés

Convention, neo-institutionnalisme, logique institutionnelle, qualification, compromis, principe supérieur commun, ordre de grandeur

Bibliographie

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Functional experts as institutional workers : the case of occupational safety and health professionals

This paper examines how functional experts conduct institutional work through an inductive case study of OSH professionals selected from a sample of 231 subsidiaries of a large construction company.

The study of institutional work, as opposed to construing actors as either determined by the institutional setup or as all-powerful institutional entrepreneurs, allows for a realistic insight into the processes underlying general institutional dynamics and thus yields better explanatory and predictive power in understanding institutions and organizations.

We construct a framework of how functional experts act as institutional workers, consisting of four processes: networking within the organization, networking outside the organization, using indirect coercion and leveraging managerial artifacts and we analyze the structural conditions necessary for functional workers to become institutional workers. We propose how these insights into institutional work can serve to better explain and predict institutional processes in general.

The Firm as a Nexus of Promises, EURAM 2010

Pour télécharger : Gomez Korine EURAM 2010

In the tradition of Coase (1937), Demsetz (Alchian and Demsetz, 1972), and Williamson (1975) the firm is understood as a nexus of contracts.  The difficulty in fully specifying contracts in all cases means that contracts are often incomplete (Grossman and Hart, 1986; Hart and Moore, 1999).  When relationships between stakeholders are complex, null contracts become common (cf. Hart and Moore, 1999), and promises play an important role in maintaining the cohesion of the firm and in confirming its position.  In addition to contracts with its stakeholders, then, the firm also makes promises, e.g. about the duration and development of contractual relationships, or about price levels to be expected in the future.  Hence, the firm can also be understood as a nexus of promises.

Whereas contracts engage the liability of the firm and its executives, promises engage the credibility of the corporate actors who make them.  Contracts try to leave as little room for interpretation as possible and are governed by a strict legal hierarchy of claims on the firm that clearly defines who gets paid first, second, and third. Promises, on the other hand, leave more space for manoeuvre; the hierarchy of promises is not clearly defined ex ante. If promises to different stakeholders make up an important proportion of the engagements of the firm, then it is necessary to develop an understanding of the factors that determine the hierarchy of promises.  Indeed, the firm and its executives may make contradictory promises to different stakeholders, for example promising job security to domestic employees and, at the same time, promising heavy investments overseas to clients and shareholders.  Which of these promises is more likely to be kept, in the event that the firm is unable to honour all of them?

A particularly good fulcrum for analyzing the logic of the hierarchy of promises in the firm is the publicly listed firm’s promise of an increase in return on equity (ROE), as practiced by numerous financial institutions (banks, insurance companies) in recent years.  Promising an increase in ROE has significant implications for both shareholders and employees.  Unlike quarterly earnings forecasts that provide immediate feedback on the performance of management and are therefore taken by the financial markets as a proxy for the health of the firm (cf. Graham, Harvey, and Rajgopal, 2005), increases in medium-term ROE targets represent a statement of intent concerning the future direction of the firm.  Given that a focus on achieving a higher ROE has implications for both risk and long-term sustainability, employees are being told that their prospects in the firm are likely to be more unstable and of shorter duration.  In other words, the promise to shareholders of an increase in ROE may contradict growth and career promises made to employees, quite apart from the employment contract.

Taking the promise of an increase in ROE as a test case for exploring the hierarchy of promises in the firm has the additional feature of allowing us to distinguish between different types of shareholders and different types of employees.  An increase in the ROE target does not affect all shareholders and all employees in the same way; whereas for some types of shareholder an increase in the ROE target is not welcome (i.e. long-term shareholders who eschew risk), for some types of employee it is (i.e. those employees who are most likely to benefit financially from the increase in ROE and who are least dependent on the firm for their long-term prospects).  Thus, we can use the particular case of an increase in the ROE target as a basis for discussing how a hierarchy of promises gets established both between shareholders and employees and within those two stakeholder groups.                     
      
In the first section of the paper, we articulate the meaning of understanding the firm as nexus of promises, showing how the tendency towards null contracts in a world of increasing complexity makes promises central to governing the firm. In the second section, the heart of the paper, we work out the structural determinants of the hierarchy of promises in the case of an increase in the ROE target.  We build on this argument to develop propositions about the relationship between the organization and composition of employees, on the one hand, and the organization and composition of shareholders on the other, and the propensity of firms to make promises to increase the ROE target.  In the final section, we move beyond a structural explanation to explore how executives of the firm choose to ally with employees or shareholders.  This last part of the paper draws on a discussion of the recent history of the financial services industry.          

What is (still) wrong with corporate governance?, EURAM 2010

Pour télécharger : Gomez EURAM 2010

I would like to thank the organizers of this plenary session for inviting me to present my thoughts on the impact of corporate government crisis. I’ll be talking today from the perspective of a researcher, more specifically, as the Director of a highly respected research center in France . But I’ll also be talking as someone who was involved in the development of a French mid-Cap corporate Governance code as well as having worked on the governance aspect of the European Small Business Act. In this short speech, I’ll focus on the French case, primarily because I know this case well, and secondarily because I believe the examples I have based my analysis on could be generalized to other European countries and not only be applicable to France.

We can make the following statement: since the 1990s, codes and laws/regulations have increasingly sought to normalize Corporate Governance. Never before  in the history of capitalism have so many rules been enacted to constrain CEOs to behave according to common regulations. For instance, in France, 6 texts refer to soft law of Governance between 1995 and 2010 and 3 fundamental laws do exist.

Normalization leads to similar results across the board: in France, independent directors represent 40% of positions on the boards of large companies; 100% of these companies have set up remuneration and nomination committees to control the corporate executive; shareholder transparency has strongly developed thanks to the compulsory publication of an annual report, a report from the Executive Board on corporate risks, and also a report on corporate policy about social responsibility. This year, a law was passed to force gender equality on mid-cap boards from 2015.

Therefore, we researchers in corporate governance, must take into account that the last two decades have been extraordinary with respect to redefining corporate governance.  We went through the support by the soft or the hard law of the organization of power within companies. In some way, the recent period may be compared to the beginning of the twentieth century when labor law was imposed to western companies.

However, these developments have not prevented us from going through a crisis, one of the most serious in economic history. Further to the point, these evolutions did not prevent corporate governance from becoming the target of social criticism: the role of governing boards, CEOs compensation systems and their influence on their strategic choices, the lack of a real representation of the different categories of shareholders or of participants, etc. they all became targets of public controversy. Given the large number of reforms already imposed on companies, it is legitimate to ask: What remains wrong with corporate governance?

Two questions arise from researchers:
•    Why has Corporate Governance become such a touchy political subject?
•    Why the current reforms, already passed, not considered satisfactory by those involved in corporate governance?

Due to a lack of time, I won’t be able to tackle these two questions very deeply, however, I would like to provide you with some thoughts on how I see the outline of corporate governance research programs in years to come.

1.    Why has Corporate Governance become such a touchy political subject?

It has now been well-documented that the 1980s went through a significant transformation of the capitalist system. A new kind of large company emerged, global enterprise. The former period was characterized, from a governance point of view, by what Berle and Means called the modern corporation, that is to say the separation of ownership and control with supremacy of managers over shareholders. We must consider that questions we ask in Corporate Governance are the consequence of a deep transformation of the modern corporation into the global enterprise. What do these transformations mean within the field of corporate governance?:

Global financial markets have the power to influence the legitimacy of the economic decisions made by corporate executives. In the 1980s, we witnessed a decline of the managerialist system defined by Berle and Means in favor of a new governance system that provides capital ownership with a strong legitimacy to influence the future of corporations. Looking forward, not only will there be billions of shareholders scattered all over the world,  but financial markets will enable these shareholders to voice their demands and make them be heard. Contrary to certain preconceptions, this is a very new phenomenon within capitalist history. Yet, Governance Institutions are not adapted to this situation. For instance, and this is true for any other country in the world, the general meeting of shareholders has become obsolete compared to mass shareholding. Pragmatically, consider the implications of gathering shareholders once a year that are now far more numerous (tens of thousands) than they used to be? Moreover, do we perceive these individuals faithful shareholders or mere investors?

Ultimately, we must consider the fact that global enterprise is significantly different from  the modern corporations previously defined by Berle and Means.

What is essentially new about global enterprise is not a new kind of ownership but rather a new way of holding property. On the one hand, shareholders from large companies are numerous and only represent an increasingly smaller part of a fragmented capital in the public domain; on the other hand, these shareholders are mainly household investors or financial intermediaries who handle household savings (pension funds, investments, etc.). It is the first time in the History of Capitalism that we have noticed what Peter Drucker defines from 1975 as a kind of socialization of capitalism. The largest corporations in industrial countries are ownerships, not only the property of the whole population but a that of a part that becomes very significant. Mass ownership has irreversibly modified political and social stability in the West by creating, in particular, a dependence of retirement funding and company profit. The politicization of questions on corporate governance also arise because of this. We must work towards societal involvements that go beyond corporate social responsibility.

In this context, corporate ownership has been divided into 2 categories: Investors and shareholders. Shareholders are people involved in a corporation because of their investment of a significant part of their capital and because the withdrawal implies a potential loss that may trigger a strong impact on his or her wealth. This is the classical vision of shareholders on which agency theory is initially based. Investors only possess a slight portion of capital that represents only a small fraction of their estate. If investors are economically rational, there is no point for them to control the company as agency costs would be excessive compared to expected returns.  Their aim is to command a great result, that is to say,  the return of equity (ROE). They manage the realization of this promise as quarterly results are delivered.  It has nothing to do with a real involvement in corporation management. Shareholder and investor behavior towards corporations are therefore very different. From my experience and point of view, this is a serious mistake which I believe has triggered a real gap between research and practitioners of corporate governance. The latter consider that it is very different to understand a company owned by shareholders or investors or by a small proportion of either. We also have to refine our analysis tools and our way to speak about shareholders as they are no longer a homogenous population of economic players.

Finally, the balance of powers between economic players involved in corporate governance is not the one initially pointed out by agency theory. This balance does not oppose ownership against managers. In reality, this balance of powers is much more complicated and interesting.  Sometimes, some alliances are created between directors and investors against shareholders, for instance, when a potential risk emerges around a takeover bid. Executive boards are not only boards of control. They also embody places where the balance of powers is controlled between the different participants of the company as well as between social elites. Practitioners are aware of this fact and it seems to me that researchers have to go further into their observations with a wider vision than the systematic one which is based on the opposition between directors and shareholders managed by boards. The political configurations and struggles regarding corporate control anticipated by Fligenstein in  the 1990s offer some fascinating research perspectives for our field.

We can observe that the governance structures emerging from the 1980s are much more complex than a would-be new “shareholders ‘power” may otherwise imply. Regulators had to reply with institutional arrangements to more complex performances than the ones depicted by agency theory. We can therefore introduce more theoretical diversity in our references to take practical diversities into account.

2.    From these statements, we can now ask the second question:

Why the already passed reforms are not considered satisfactory by people involved in governance? I suggest 2 interpretations among others.

First of all, corporate governance reforms have almost never taken into account the difference between shareholders’ and investor’s behaviors. Laws and codes are very often based on the defense of investors as if corporate ownership was seen as a whole. It is extremely rare that codes define responsibilities and duties of the ownership. They are much more interested in investors ‘rights‘ and their defense but find it difficult to codify their duties towards corporation and even more difficult to define their rights and respective duties as pure investors compared to shareholders. This struck me when I wrote the “French referential on corporate governance”.  I realized when I met directors but also shareholders that they were not opposed to the rules of a good governance even when they are restrictive. However, they are fiercely opposed to the implementation of codes and laws that don’t take the characteristics of corporation into account. In particular, when the corporation is owned by a majority shareholder, a company’s systems of internal control must be adapted to the interests of shareholders. It does not mean that minor investors do not need any support. But we have to take into account that governance codes or laws that are strongly oriented towards the defense of minor parties don’t consider the reality of a corporation.

Moreover, most of the texts that reform corporate governance have been written for large global companies. These companies have indeed become more dominant in economic activity and their governance is therefore a very important political issue, as I said previously. But it only concerns a small number of companies (less than tens of thousands in the world out of tens of millions companies). In every country, including the United States and Great Britain, corporations owned by a major shareholder do exist and it is clearly the more common category of corporations. In France, for instance, only 5% of listed companies match the characteristics of global enterprise.  65% of mid-caps implies a shareholder who owns at last half of the capital. Great-Britain and the United States are exceptions: the general rule in the world is the strong concentration of capital.  Yet, if we, as researchers, assimilate corporate governance to large dispersed ownership, our studies are in vain for most companies.  It does not mean that these companies do not imply any questions regarding governance, on the contrary. In the “referential for a reasonable governance of French companies”, I focus on 5 political regimes of corporation from observations of diversity of governance cases : the exclusive entrepreneurial autocracy , the inclusive entrepreneurial autocracy, the domination of directors and entrepreneurial democracy.  These ideals enable one to (a) pinpoint the specific corporate governance issues that may arise and (b) to reply with appropriate solutions. The way this referential has been welcomed by practitioners and directors of mid-caps brings me ultimate; to the conclusion that a wide and political approach of corporations, far from scandalizing, was somewhat expected because it made it possible to apprehend the complexity as well as the diversity of situations. In this context, Corporate Governance rules must be adapted and not generalized from the case of global enterprises. This is what we did in France when we produced a specific code in 2009 for mid-caps.  This code reduced some unnecessary obligations but it points out  issues of governance peculiar to these companies.  The future will then be dedicated to the creation of adapted rules, and Europe seems to be interested with the Small Business Act.  For our researchers, it means that it becomes necessary to redefine questions of governance which arose due to different categories of companies according to the ownership structure, their patterns of governance and also their own history. Research will be more pragmatic and more realistic and will be better used by legislators.

I would like to conclude by drawing the attention of our research community to the tendency of the democratization of corporate governance, which as you are probably aware, lies at the heart of my research. Noticeable since the outset of capitalism, this tendency towards democratization has progressed to the next stage during recent times.

In liberal societies, democracy is considered as the most efficient regime of governance for complex organizations. However, corporations  are becoming more and more complex. Despite their limits, governance rules have become more transparent and more oriented towards debates and formal controls of directors. They have also taken a step towards a more important involvement of public opinion in governance issues. Secrecy in business gave way to public forums. The quality of corporate governance and more particularly of global enterprise is increasingly assessed according to a democratic ideal. However, according to the famous analysis of Montesquieu, if a monarchy is based on loyalty and aristocracy on honor, then democracy implies virtue. The evolution of the regimes of global corporate governance towards greater transparency, control of decisions in favor of social responsibility, and debates, won’t be possible if the role of the players virtue is not pointed out in an aristocratic regime.

In 2008, the crisis reminded us that ethics is not an arbitrary nor a decorative decision for complex corporations to function.  To give way to democracy, a real emphasis should be made on the virtue of people involved in governance, even in the company.  We seriously need to take into account, as Montesquieu, that there is no point in considering democracy without virtue.  We are facing the classical belief that the contemporary era, obsessed by the financial sphere and individualism, has made us blind: a sustainable company implies the share of a general interest, trust in many promises made and loyalty.  If the 2008 crisis enables us to use reason properly, the following decade will have to go through serious reforms in the training of economic players in general, and of corporate governance in particular. Otherwise, we would be obliged to notice again in the future that ‘something remains wrong in corporate governance’.

Pierre-Yves Gomez

 

La responsabilité sociale de l’entreprise et le management des effets externes négatifs

Dans quelles conditions une entreprise peut-elle créer de la valeur via la mise en oeuvre d’une politique de responsabilité sociale ? La question de la création de valeur économique à travers des démarches de responsabilité sociale est un débat ancien dans la communauté scientifique gestionnaire qui semble loin d’être résolu. De nombreux travaux tentent ainsi de mettre à jour l’existence d’un lien entre la performance économique de l’entreprise et les engagements sociaux et environnementaux qu’elle prend (Margolis and Walsh, 2003; Orlitzky, Schmidt et al. 2003, Smith, 2003). D’autres cherchent à identifier les pratiques responsables susceptibles d’améliorer la position concurrentielle d’une entreprise dans son industrie de référence (Porter, 1991 ; Elkington, 1994 ; Porter et Van der Linde, 1995, Porter et Kramer, 2006). Se faisant, les auteurs tentent de faire face à la position orthodoxe défendue par Milton Friedman pour qui la seule responsabilité sociale de l’entreprise est de développer ses profits (Friedman, 1962, 1970).

L’importance de la prise de position de Friedman fut telle que la recherche d’une preuve sur la possibilité d’une responsabilisation de l’entreprise profitable a occupé et occupe encore de nombreux auteurs qui tentent de faire face à l’argumentation néo-classique qui considère que toute intégration de nouvelles responsabilités se traduit par une diminution du profit et constitue un non sens stratégique (Jensen, 2002).

La question du lien entre la création de valeur et la responsabilisation de l’entreprise génère en continue depuis la prise de position de Friedman d’importantes controverses. Pour les uns, la responsabilisation est la source d’opportunité économique que l’entreprise peut saisir afin de se différencier et améliorer d’autant sa position concurrentielle. Pour les autres, la responsabilisation est la source de contraintes supplémentaires qui ne peuvent manquer de peser défavorablement sur le processus de création de valeur (Boiral, 2005).  

Dans cet article, nous approchons la problématique de la création de valeur et de la responsabilisation sous un autre angle en essayant de mettre à jour les options stratégiques qu’une entreprise peut prendre afin de mettre en œuvre une politique de responsabilité sociale créatrice de valeur. Se faisant, nous n’ancrons pas notre travail sur les arguments de Friedman mais sur les travaux d’un autre prix Nobel, Kenneth Arrow, qui a peu prêt à la même époque a théorisé une posture originale sur la responsabilité sociale de l’entreprise (désormais RSE).

Dans l’article « Social responsibility and economic efficiency », Arrow définit la RSE comme la capacité de l’entreprise à corriger les « défaillances du marché »  (Arrow, 1973). En s’appuyant sur la définition positive proposée par Arrow, nous envisageons dans cet article les conditions pour qu’une entreprise puisse parvenir à internaliser ses effets externes négatifs de manière profitable. Les enjeux sur cette question sont de taille car ils n’ont pas que des implications stratégiques sur les choix environnementaux et sociaux des entreprises mais également politiques (Gomez et Korine, 2009). Car si l’entreprise est susceptible de trouver des débouchés marchands lui permettant d’internaliser de manière profitable ses effets externes négatifs alors il n’est pas nécessaire de mettre en place des dispositifs de régulation. Le marché et les libres compromis passés sur les effets externes entre l’entreprise et des parties prenantes prêtes à financer l’internalisation suffisent à traiter les défaillances du système. La question qui se pose, et à laquelle nous allons essayer d’apporter des réponses, consiste alors à mieux comprendre dans quelles conditions peut émerger un projet stratégique d’internalisation des effets externes profitable pour l’entreprise et bénéfique pour la société.

Nous débuterons notre propos par une clarification conceptuelle. A la suite d’Arrow nous mettrons en rapport les concepts de RSE, d’enjeux sociaux et d’effets externes. Puis, nous complèterons la constitution de cet appareillage analytique en proposant une typologie d’effets externes et donc d’enjeux sociaux/environnementaux auxquels une entreprise qui se veut socialement responsable va potentiellement devoir faire face (I). Nous poursuivons en envisageant les conditions requises pour qu’une internalisation soit simultanément bénéfique pour la société et profitable pour l’entreprise. Nous montrons que trois conditions doivent être remplies : l’existence d’une volonté de payer de la part de certaines parties prenantes, la faiblesse des coûts de transaction et l’acceptabilité sociale des transactions que l’entreprise passe avec ses parties prenantes pour une internalisation profitable des effets externes (II). Nous lions ensuite ces trois conditions aux catégories d’effets externes préalablement identifiées et détaillons les nombreuses incertitudes et options stratégiques qu’une entreprise peut prendre afin de développer un projet de responsabilisation profitable (III).

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Pour télécharger : RFG Valiorgue et Daudigeos

L’entreprise dans la démocratie, le point de vue de Bertrand Collomb

Le siècle des lumières a été à l’origine des droits de l’homme, de la démocratie, et des principes de l’économie libérale. En affirmant le droit de propriété, malgré les controverses sur son origine parfois contestable, il a permis que la liberté d’entreprendre soit à la base de l’organisation économique. Pourtant, quelques siècles plus tard, l’entreprise, institution de base de l’économie libérale, est un champ où les principes d’une organisation démocratique ne sont guère reconnus, qu’il s’agisse d’une démocratie des travailleurs ou d’une démocratie des actionnaires‘.

Pour consulter la suite du texte de Bertrand Collomb, cliquez ici

Des instituts de normalisation en quête de profit et de légitimité

Ces dernières années, le « Développement Durable » (DD) et la « Responsabilité Sociale de l’Entreprise » (RSE) ont été l’objet d’un nombre croissant de tentatives de normalisation. GRI, SA8000, Global Compact, les référentiels nationaux ou internationaux foisonnent.

De nombreux observateurs voient ainsi dans les instances de normalisation un nouvel espace de régulation et de dialogue social en marge des espaces institutionnels traditionnels. Elles représentent donc un terrain propice à l’étude des activités qui conduisent au développement des soft laws économiques.

Dans ce chapitre, nous nous intéresserons en particulier aux travaux de deux instituts de normalisation, l’AFNOR en France (Association Française de Normalisation) et le BSI en Angleterre (British Standards Institution). Tous deux ont publié un référentiel sur le management stratégique du développement durable au cours de l’année 2003 : le guide SIGMA pour le BSI et le fascicule de documentation SD21000 pour l’AFNOR.

L’objectif de notre étude comparative est de montrer que les activités à l’œuvre dans les processus de normalisation sont encastrées dans les logiques d’action des instituts de normalisation qui, elles-mêmes, sont dépendantes des contextes nationaux.

Entreprise et ordre managérial : la fabrique de la société libérale

Le libéralisme ne peut se réaliser que par la sphère économique et l’entreprise ne doit pas être considérée seulement comme objet économique mais aussi comme organisation politique. Dans le monde désenchanté – au sens wébérien du terme – de la modernité, l’entrepreneur devient l’archétype de l’individu autonome, et l’entreprise privée s’impose comme l’organisation structurante de la société, à charge pour elle de respecter les libertés individuelles des salariés.

Pour télécharger : Gomez entreprise liberale

Une incroyable myopie

Pierre-Yves Gomez revient sur la myopie des élites qui peuvent rester enfermées dans leurs modèles, faute de culture alternative pour être capables de penser un changement pourtant devenu incontournable.

Pour télécharger : alternatives_economiques_janvier2010

Référentiel pour une gouvernance raisonnable des entreprises. Rapport au conseil d’administration de MiddleNext

« Après avoir pris en compte les nombreux textes de référence, il nous est apparu que la communauté des affaires a besoin de retrouver les fondations de la gouvernance d’entreprise. Celles-ci permettraient de donner un langage commun à ceux qui se préoccupent de gouvernance et de recadrer les problèmes spécifiques qu’elle pose à chaque type d’entreprise. Sur cette base, on pourra formuler ou reformuler les règles de bonnes conduites adaptées, ou évaluer celles qui existent déjà.

Le présent rapport présente un référentiel pour la gouvernance valable pour tous types d’entreprises. Ce référentiel pose les principes généraux d’une gouvernance raisonnable et permet de situer les problèmes de gouvernance propres aux différents types d’entreprises. Chaque association représentative voire chaque entreprise pourra, si elle accepte le cadre, définir à sa convenance les règles qui lui semblent les plus adaptées à la situation de gouvernance qui la caractérise, tout en restant cohérente avec les principes généraux d’une gouvernance raisonnable.

Le référentiel pour une gouvernance raisonnable constitue, finalement, une boîte à outils laissant à ses utilisateurs le soin de définir librement et de manière pragmatique les règles pour résoudre les problèmes de gouvernance particulières auxquels ils sont confrontés. »

Pierre-Yves Gomez

Pour se procurer le référentiel, cliquez ici

Des experts du développement durable insaisissables

Monsieur CO2, chargé de mission biodiversité, directeur au développement durable ou tout simplement responsable environnement, de nouvelles figures d’expert se sont multipliées ces dernières années dans les grandes entreprises françaises.

Pourtant, leur légitimité est loin d’être acquise. Régulièrement des voix s’élèvent pour dénoncer le green washing qu’opèreraient ces organisations en verdissant à peu de frais leurs activités économiques traditionnelles. Ces nouvelles fonctions n’agiraient qu’à la périphérie pour améliorer l’image de l’entreprise. Bien pire, les modes managériales actuelles ne leur sont guère favorables. Décentralisation, externalisation ou encore recentrage sur le cœur de métier… ces vastes mouvements de réorganisation ont bien souvent abouti à une cure d’amincissement des sièges sociaux et à la disparition sur les organigrammes d’un certain nombre de positions fonctionnelles et intermédiaires. Et la récente crise économique ne fait que renforcer cette tendance. Les experts du développement durable constituent donc en cela une notable exception. Mais que font-ils exactement ? De quelle marge de manœuvre disposent-ils pour transformer en profondeur les modèles économiques de leur entreprise ? L’air du temps leur est si peu favorable que leur rôle reste décrit de manière anecdotique dans les manuels de management de référence et que la recherche académique est également muette sur cette question.

Pour compenser ces lacunes, nous avons mené une étude de terrain de plusieurs années pour décrypter les activités de ces nouveaux experts dans les entreprises contemporaines .

Pour bien saisir le décor de leur travail, nous commençons par dépeindre rapidement le modèle d’organisation dominant vers lequel tendent la plupart des champions industriels français. En particulier, nous soulignons en quoi celui-ci est peu compatible avec le déploiement de stratégies de développement durable. Puis, à partir de nos observations, nous définissons quatre groupes d’activités qui composent l’essentiel du travail des experts du développement durable. Enfin, nous proposons trois compétences clefs pour assurer leur survie dans les nouvelles formes d’organisation, dont les conséquences économiques, sociales et environnementales restent encore largement à explorer.      

Théorie néolibérale du gouvernement des entrepises : critique d’un renversement critique

L’intention de ce chapitre est de montrer comment une démarche critique en gestion peut se transformer en une théorie dominante excluant toute critique. Il est souvent fait l’hypothèse implicite que la critique sociale se place, en quelque sorte, en surplomb des idéologies dominantes qu’elle prétend dévoiler ou combattre. Or les approches critiques sont des éléments à part entière de la rhétorique générale qui constitue le commun Weltschauung ou « le discours sur le monde’ dans nos sociétés libérales modernes. On a pu montrer que ces approches consolident les pouvoirs dominants en les mettant en tension et en donnant l’illusion de les remttre en cause; simple illusion car elles sont absorbées dans l’idéologie libérale qui fait de la diversité des opinions marginales qui s’expriment, un élément de renforcement de l’idéologie dominante. Dans cette logique, la critique resterait nécessairement périphérique et constituerait une sorte de marge culturelle indispensable à la bonne conscience du système. Pierre-Yves Gomez montre dans ce chapitre que cela n’est pas toujours le cas. Une théorie critique en gestion peut devenir dominante et intégrer le coeur idéologique du système, dès lors qu’elle entre en congruence avec les intérêts d’acteurs, les attentes implicites du public ou le vide général de sens qu’elle remplit momentanément. Loin de rester une condamnation marginale, elle devient, au contraire, un moyen efficace d’établir le pouvoir de nouveaux puissants, au point d’exclure toute critique. Pour mettre en lumière ce phénomène, Pierre-Yves Gomez prend pour objet d’enquête la transformation d’une théorie économique marginale du gouvernement des entreprises (la théorie de l’agence) qui est devenue, en une décennie, LA théorie par excellence, au point de saturer tout le champ disciplinaire.

 

En savoir plus sur l’ouvrage

Violence, mimesis et processus victimaire chez René Girard

Pour télécharger : Cahier recherche Valiorgue 2009

Violence, sacré, bouc émissaire, réciprocité négative, désir mimétique

Rarement les travaux d’un auteur contemporain auront suscité en France et à l’étranger autant de débats et de controverses que ceux de René Girard. Pour certains, il s’agit d’une des plus grandes avancées de la pensée moderne alors que d’autres voient en René Girard, un auteur dépassé, tentant une ultime et désespérée réhabilitation du christianisme (Debré, 2003). Au delà de l’individu, c’est sans aucun doute le projet scientifique de notre auteur qui l’expose à de telles critiques. En effet, la plupart des travaux de René Girard s’attache à comprendre l’origine de la violence humaine et ses mécanismes de contention. L’auteur prend à contrepied la tradition moderne et montre, d’une part, que ses prémisses conceptuelles sont extrêmement fragiles car elle ne parvient pas à penser la violence. Et d’autre part, que la modernité est fille du religieux et qu’elle ne peut pas, à ce titre, s’exonérer de penser le sacré. Le coup est rude pour les penseurs modernes, leurs raisonnements reposent sur du sable et ils sont précisément issus de ce qu’ils combattent et éclairent. On comprend la violence des réactions.

Notre objectif dans ce cahier de recherche est de revenir sur les origines de la pensée girardienne et de présenter le raisonnement qui amène l’auteur à lier son projet scientifique à sa foi chrétienne. Hérétique pour les gardiens du temple, scandaleux pour les modernes, René Girard n’en demeure pas moins un penseur original et puissant qui éclaire la « condition de l’homme moderne » (Arendt, 2002) avec une acuité qui ne laissera personne indifférent.

Nous revenons en premier lieu, sur l’ouvrage « la violence et le sacré » publié en 1972 dans lequel René Girard s’attache à montrer le caractère irréductible de la violence chez l’homme. Nous abordons ensuite les travaux qui tentent de comprendre les origines de cette violence à travers l’ouvrage « Mensonge romantique et vérité romanesque » (Girard, 1961) où l’auteur décrypte les origines du désir et de la rivalité chez les hommes. Dans une troisième partie, nous suivons l’auteur dans sa tentative d’explication des mécanismes qui, historiquement, ont permis de contenir la violence dans les sociétés primitives (Girard, 1982). Nous développons la perspective du bouc émissaire et présentons dans une dernière partie les raisons qui poussent René Girard à réhabiliter la fonction du religieux dans nos sociétés modernes.

Mots clés :
René Girard, violence, mimésis, bouc-émissaire, sacré, réciprocité violente

Bibliographie

Arendt H., (2002), La condition de l’homme moderne, Paris, Agora
Bateson G., (1995), Vers une écologie de l’esprit, tome 1, Paris, Seuil
Debré R., (2003), Le feu sacré, fonctions du religieux, Paris, Fayard
Dupuy J. –P., Deguy M., (1982), René Girard et le problème du mal, Paris, Grasset
Freud S., (2004), Totem et tabou, Paris, Payot
Gauchet M., (1985), Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion,
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Hachette Littérature, 2008
Girard R., (1972), La violence et le sacré, Paris, Grasset, réédition Paris, Hachette Littérature, 1998
Girard R., (1978), Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset
Girard R., (1982), Le bouc émissaire, Paris, Grasset
Girard R., (2004), La voie méconnue du réel, Paris, LGF
Girard R., (2005), « La pierre rejetée par les pâtisseurs », Théléogiques, vol. 13, N°2, pp. 165-179
Girard R., (2007), Achevez Clausewitz, Paris, Carnet Nord
Girard R., (2009), Christianisme et modernité, Paris, Flammarion
Girard R., Antonello P., Castro Rocha J. C., (2006), Les origines de la culture, Paris, Hachette
Girad R., Stella Barberi M., (2006), Celui par qui le scandale arrive : entretiens avec Maria Stella
Barberi
, Paris, Hachette
Mauss M., (2007), Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris,
PUF
Nietzsche F., (2007), Le gai savoir, Paris, Flammarion
Nietzsche F., (1974), Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, LGF
Rogin Anspach M., (2002), A charge de revanche : figures élémentaires de la réciprocité, Paris,
Seuil
Serres M., (1994), Atlas, Paris, Juliard
Wieviorka M., (2005), La violence, Paris, Hachette

Qui trace les frontières ? Une interprétation politique du gouvernement des entreprises contemporaines

La science de gestion est cette discipline des sciences humaines qui étudie la nature, la rationalité et les conséquences des décisions prises dans l’entreprise ou au nom de l’entreprise. Son propos est de comprendre comment l’organisation productive s’autorégule et se prérennise dans le contexte politico-économique du capitalisme, soit du fait de microdécisions locales, soit du fait des décisions stratégiques engageant l’ensemble de l’appareil de production. En conséquence, elle suppose à l’entreprise une capacité de décision suffisamment autonome pour qu’elle puisse être observée comme un acteur auto-organisé. Le champ du gouvernement des entreprises étudie, en particulier, comment le pouvoir entrepreneurial du dirigeant est défini et légitimé par son environnement politico-légal, assurant ainsi le degré de souveraineté de la firme comme unité économique et sociale. Le gouvernement d’entreprise pose ainsi les conditions politiques assurant la latitude discrétionnaire du dirigeant et, en conséquence, le degré d’autonomie stratégique de l’entreprise.

Depuis les années 1990, les pratiques dites de corporate governance ont remis en cause le gouvernement d’entreprise par les managers : d’une part, elles ont modifié les rapports de pouvoir au sommet des entreprises, en favorisant un contrôle systématique des dirigeants par les représentants des propriétaires capitalistes : administrateurs indépendants ou comité ad hoc; d’autre part, au nom de la « transparence », elles ont obligé l’entreprise à mettre à disposition des marchés financiers un flux d’information considérable sur son activité, remettant en question le mythique « secret des affaires » au profit de la non moins mythique « transparence ». Ces évolutions affirment le pouvoir des actionnaires, nombreux et dilués dans le public, qui seraient les nouveaux acteurs décisionnels légitimes pour orienter l’activité et la trajectoire de l’entreprise, notamment en usant des marchés financiers.

Cette situation nouvelle pose des questions de fond à la science de gestion. Car si l’orientation stratégique des entreprises est déterminée largement par les marchés financiers, qu’en est-il de l’autonomie décisionnelle des entreprises ? Si l’allocation des ressources et l’évaluation des résultats sont sanctionnés par des investisseurs qui ont leur propres intérêts privés, peut-on encore considérer que la trajectoire économique de l’entreprise est le fruit d’une auto-organisation ? Si la transparence de l’information sert des acteurs extérieurs, qu’en est-il de la capacité de différenciation et d’autorégulation des firmes sur leur marché ? Devenue un espace économique, la firme serait de moins en moins un espace politique autonome qui pourrait défendre une logique d’action entrepreneuriale distincte des « attentes du marché ». Ce discours, qui peut paraitre excessif, est pourtant couramment soutenu par la théorie financière et par un usage radical de la théorie de l’agence comme fondement idéologique de la corporate governance contemporaine, et finalement par les pratiques gestionnaires qui, orientant l’activité productive vers la « création de valeur pour l’actionnaire », justifient les bonnes pratiques de management par le profit des investisseurs. Il ne s’agit donc pas d’une hypothèse intellectuelle mais de la doxa contemporaine, qui influence les représentations des acteurs de l’entreprise et intéresse, au moins à ce titre, le chercheur en gestion.

Sommes-nous confrontés à l’émergence d’une forme nouvelle d’entreprise, soumise aux jeux d’intérêts qui lui sont extérieurs, une firme sans frontières pour lui permettre d’affirmer sa capacité politique d’auto-organisation et donc son indépendance gestionnaire ? Nous montrons dans ce chapitre que, malgré les apparences, cela ne correspond pas à la réalité objective. Pour cela, nous décrivons la doxa contemporaine comme un fatalisme économique qui postule la mutation des entreprises par l’effet spontané des forces de régulation à l’oeuvre. Nous proposons à ce libre jeu, celui des différents acteurs concrets qui participent au gouvernement des entreprises. Si comme le postule la théorie de l’agence, le gouvernement des entreprises est devenu le lieu d’un rapport de forces entre actionnaires et dirigeants, encore a-t-il fallu que ces derniers modifient le capital des entreprises de manière à donner éventuellement du poids aux propriétaires capitalistes. Ce qui laisse supposer que le rapport de forces n’est peut-être pas si conflictuel que postulé… Aussi dès lors que l’on s’intéresse non pas aux frontières de la firme, mais à ceux qui les dessinent, on peut mettre en évidence les nouveaux pouvoirs sur et dans l’entreprise. Nous montrons comment une nouvelle oligarchie financière a recomposé les rapports et les lieux de pouvoir sur l’entreprise et redéfini de ce fait, ses capacités d’autonomie. Loin d’être soumise aux jeux du marché, la firme est gouvernée par ceux qui tirent leur puissance de la capacité à modifier des frontières. Ainsi, à contre-courant de la pensée dominante, nous considérons que le politique prime sur l’économique pour expliquer les mutations des firmes contemporaines, et nous plaidons pour que la responsabilité des acteurs de ces mutations soit clairement identifiée, quel que soit le jugement que l’on porte sur leurs actions.

 

Plus d’information

Le code de gouvernance MiddleNext

L’IFGE a été étroitement associé à la réalisation du Code de gouvernance MiddleNext, publié en décembre 2009. Ce texte propose aux entreprises cotées des recommandations compatibles avec leur taille, leur structure de capital et leur histoire. Il développe l’esprit du « Référentiel pour une gouvernance raisonnable » élaboré en 2008 à l’IFGE et qui présente les principes fondateurs d’une gouvernance équilibrée.

Le code définit des règles simples et adaptées notamment à la gouvernance des petites et moyennes entreprises. Il aide surtout, dans une démarche de progrès plutôt que de normalisation, de s’interroger sur son fonctionnement d’une entreprise et de trouver les solutions adéquates. Il constitue à ce jour le code de référence près de 150 entreprises françaises cotées. Chaque année, un rapport sur l’usage de ce code est établi par l’IFGE et Middlenext.

Pour télécharger : Code_de_gouvernance_MiddleNext

Thèse de Thibault Daudigeos sur le rôle des experts fonctionnels dans la responsabilisation de l’entreprise néolibérale

Pour télécharger : Daudigeos_THESE

RENDRE L’ENTREPRISE NEOLIBERALE RESPONSABLE : ROLE DES LOGIQUES INSTITUTIONNELLES ET DES EXPERTS FONCTIONNELS
ETUDE DE LA GESTION DU RISQUE ACCIDENT DU TRAVAIL DANS LE SECTEUR DE LA CONSTRUCTION

Comment les managers fonctionnels experts des enjeux sociaux (développement durable, environnement ou santé et sécurité),  participent-ils, dans les entreprises néolibérales, à l’institutionnalisation de la politique de Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE)?

Nous faisons l’hypothèse que la conversion à la RSE n’est autre que la manifestation d’une exigence exacerbée de la société sur les grandes entreprises capitalistes. Nous suivons l’émergence de cette nouvelle logique institutionnelle pour le cas des accidents du travail dans le secteur de la construction. En menant une analyse lexicographique, à l’aide du logiciel Alceste, d’un corpus d’articles du Moniteur du Bâtiment et des Travaux Publics depuis 1906, nous montrons que la période 1997-2007 se caractérise par un traitement managérial du risque accident. Puis nous étudions comment cette nouvelle logique se réalise au sein des entreprises néolibérales. Nous formulons des propositions quant aux activités des experts fonctionnels des enjeux sociaux, par la mise en regard historique des littératures traitant du rôle des experts fonctionnels dans les organisations bureaucratiques et des traits caractéristiques de l’entreprise néolibérale. Nous analysons les activités de dix-huit responsables sécurité au travail dans des filiales de l’entreprise VINCI et identifions quatre rôles majeurs : ajustement mutuel avec les parties prenantes internes, travail à la frontière de traduction et de diffusion des rationalisations, organisation d’un circuit d’informations et mise en œuvre de la contrainte douce.

L’observation révèle une distance critique vis-à-vis de cette philosophie gestionnaire, un découplage entre performance réelle et performance communiquée et d’intenses luttes politiques fondées sur le contrôle de l’information. Les dimensions culturelles et politiques du travail d’institutionnalisation permettent l’imbrication entre institutions et routines organisationnelles. Nous mettons à jour les modèles des processus de réponse aux enjeux sociaux de la Corporate Social Responsiveness et soulignons les limites de fonctionnement de l’entreprise néolibérale en situation d’incertitude.

 

Membres du jury

 

Rapporteurs:
Madame Florence Palpacuer               Monsieur Franck Aggeri
Professeur des Universités                 Professeur, H.D.R.
Université Montpellier I                      Mines ParisTech

Suffragants :
Madame Eva Boxenbaum                   Madame Eve Chiapello
Associate Professor                           Professeur, H.D.R.
Copenhagen Business School             HEC Paris

Monsieur Alain Asquin                        Monsieur Christian Caye
Maître de Conférences                       Délégué au Développement Durable
Université Jean-Moulin Lyon 3             VINCI

Directeur de thèse
Pierre-Yves Gomez
Professeur, H.D.R
EM LYON

L’entreprise dans la démocratie, une théorie politique du gouvernement des entreprises

Pierre-Yves Gomez et Harry Korine, De Boeck, avril, 2009

Adaptation française fortement remaniée de l’ouvrage parue l’année dernière à Cambridge University Press, ce livre présente un panorama politique, historique et économique sur la nature et l’évolution du gouvernement des entreprises.

Il montre pourquoi et comment l’entreprise a pris une importance décisive dans l’organisation, la conduite et le devenir de nos sociétés.

Ce livre est destiné autant aux chercheurs qu’aux citoyens qui désirent comprendre en profondeur le rôle éminemment politique des entreprises dans le projet de société libérale. Et, incidemment, la raison de certaines crises…

   Pour commander le livre : www.amazon.fr

  Pour télécharger des extraits de l’ouvrage : Entrepreneur dans la démocratie extraits-livres-bv

Quelques règles pour la gouvernance des sociétés moyennes cotées

Pierre-Yves Gomez met en garde contre certains principes réducteurs et dépassés sur la gouvernance des entreprises.  II estime simpliste de vouloir imposer les modes de fonctionnement des grandes entreprises cotées à toutes les societés alors qu’elles ne représentent qu’une minorité. II montre également qu’il faut éviter de tomber dans la suspicion et la multiplication des contrôles pour éviter « une fuite en avant dans le formalisme ».

Pour télécharger : 2009-08 Le_Figaro_economie

Thibault Daudigeos et Bertrand Valiorgue au collège des directeurs du développement durable

Les deux auteurs reviennent sur l’histoire du mouvement de la corporate social responsiveness qui a émergé aux Etats-Unis dans les années 1970.

Ils présentent les origines de ce mouvement suite aux transformations de la société américaine et proposent des hypothèses sur les raisons de l’éclipse du mouvement au début des années 1980 suite au ‘consensus de Washington ».

Cet exposé fait également l’objet d’une présentation détaillée du modèle théorique de la corporate social responsiveness qui, à ce jour, reste le cadre d’analyse le plus développé pour comprendre et piloter les enjeux stratégiques et organisationnels en matière de développement durable.

 

Plus d’information sur le Collège des Directeurs du Développement Durable

Pour télécharger : programme_campusc3d

IFGE accueille le séminaire estival de la Société Française de Management

Le séminaire fera le point sur deux questions :

1) L’enseignement et la recherche en management ont-ils contribué à provoquer la crise ? Ont-ils permis de la prévoir ou de la préparer ?

Dans un premier temps, le séminaire examinera si et en quoi l’enseignement et la recherche ont généré des comportements et des normes qui ont conduit à la crise. Il identifiera aussi si et comment l’enseignement et la recherche ont proposé des réflexions ou des pratiques qui, au contraire, permettent d’anticiper l’échec du régime de croissance précédent (financiarisation, etc.) et de préparer l’après‐crise. Il sera souhaitable, en effet, de ne pas se cantonner dans la dénonciation des carences ou, au contraire, dans l’indifférence adaptative vis‐à‐vis de la responsabilité de la recherche et de l’enseignement en management. Échanger sur ce qui a été fait durant la période précédant la crise permettra de tirer des leçons quant à l’influence de nos pratiques sur la réalité économique, politique et sociale.

 
2) Les crises économique et financière actuelles nécessitent-elles une mutation de la recherche et de l’enseignement du management ?

Dans un second temps, le séminaire s’interrogera sur les champs ou sujets de recherche et d’enseignement que la crise actuelle met en avant. D’autre part, il débattra des processus de recherche et /ou d’enseignement qui mériteraient d’être modifiées du fait de la crise, de leurs contenus, mais aussi de la manière de produire de la connaissance.

 

Plus d’information sur le site de la SFM

 

Pour télécharger : maquettes fm