Des experts du développement durable insaisissables

Monsieur CO2, chargé de mission biodiversité, directeur au développement durable ou tout simplement responsable environnement, de nouvelles figures d’expert se sont multipliées ces dernières années dans les grandes entreprises françaises.

Pourtant, leur légitimité est loin d’être acquise. Régulièrement des voix s’élèvent pour dénoncer le green washing qu’opèreraient ces organisations en verdissant à peu de frais leurs activités économiques traditionnelles. Ces nouvelles fonctions n’agiraient qu’à la périphérie pour améliorer l’image de l’entreprise. Bien pire, les modes managériales actuelles ne leur sont guère favorables. Décentralisation, externalisation ou encore recentrage sur le cœur de métier… ces vastes mouvements de réorganisation ont bien souvent abouti à une cure d’amincissement des sièges sociaux et à la disparition sur les organigrammes d’un certain nombre de positions fonctionnelles et intermédiaires. Et la récente crise économique ne fait que renforcer cette tendance. Les experts du développement durable constituent donc en cela une notable exception. Mais que font-ils exactement ? De quelle marge de manœuvre disposent-ils pour transformer en profondeur les modèles économiques de leur entreprise ? L’air du temps leur est si peu favorable que leur rôle reste décrit de manière anecdotique dans les manuels de management de référence et que la recherche académique est également muette sur cette question.

Pour compenser ces lacunes, nous avons mené une étude de terrain de plusieurs années pour décrypter les activités de ces nouveaux experts dans les entreprises contemporaines .

Pour bien saisir le décor de leur travail, nous commençons par dépeindre rapidement le modèle d’organisation dominant vers lequel tendent la plupart des champions industriels français. En particulier, nous soulignons en quoi celui-ci est peu compatible avec le déploiement de stratégies de développement durable. Puis, à partir de nos observations, nous définissons quatre groupes d’activités qui composent l’essentiel du travail des experts du développement durable. Enfin, nous proposons trois compétences clefs pour assurer leur survie dans les nouvelles formes d’organisation, dont les conséquences économiques, sociales et environnementales restent encore largement à explorer.