La gestion participative, une utopie réalisée ?

La gestion participative n’a jamais réellement connu d’expansion en France. La volonté du Général de Gaulle de promouvoir la participation dans sa dimension globale, en associant les salariés à la gestion et aux profits, n’a pas totalement rencontré l’adhésion des entreprises. Bien souvent, ces dernières se sont contentées de seulement développer la participation financière (participation aux résultats et actionnariat salarié) tout en délaissant la participation des salariés à la gestion.

L’actionnariat salarié a par exemple connu un développement important, surtout au cours des vingt dernières années en raison de ses effets positifs sur la productivité des salariés et la performance de l’entreprise tout en permettant aux entreprises de flexibiliser leurs politiques salariales. Si ces mécanismes comportent des avantages indéniables, il apparait que la participation financière est fréquemment sortie de son cadre général qui tend à en faire une première étape dans  la construction d’une véritable gestion participative de l’entreprise. Déconnecté de la participation à la gestion, la participation financière se borne à offrir une rémunération additionnelle aux salariés sans leur offrir l’opportunité de s’impliquer plus fortement.

Or, les deux dimensions de la gestion participative sont indissociables pour que les salariés s’approprient pleinement le projet collectif et que les effets combinés sur l’engagement, la productivité et la performance de l’entreprise soient importants. Un bref regard en arrière nous enseigne qu’il n’aura pas fallu attendre la promulgation de textes juridiques fondateurs ou l’émergence de « modes » de gestion pour voir des entrepreneurs tenter cette aventure collective que représente la gestion participative.

 Sans vouloir dresser un panorama exhaustif de ces tentatives, nous avons choisi de mettre en avant l’action d’Alexandre Dubois qui milita inlassablement pour l’émergence d’entreprises fondées sur les principes de gestion participative. Cet entrepreneur, de par son engagement et sa réflexion sur la relation ambiguë qu’entretiennent Capital et Travail, a su apporter un éclairage novateur sur cette thématique.

Le but de cet article est, dans une première partie, de (re)découvrir les structures originales de gestion participative qu’il implanta dans son entreprise. Nous nous attacherons notamment à mettre en évidence sa participation au débat public sur la réconciliation Capital/Travail et ses réalisations concrètes en tant que chef d’entreprise. Ceci, nous permet dans une seconde partie de mettre en évidence certaines conditions de succès des projets de gestion participative. Même si la participation au capital constitue une première étape indispensable à l’établissement d’une véritable gestion participative dans l’entreprise, nous soulignons également le rôle majeur joué par l’engagement personnel du dirigeant dans la mise en œuvre et la réussite de tels projets.