La responsabilité sociale des entreprises comme pratique émergente

Dans de nombreux travaux académiques, la responsabilité sociale de l’entreprise apparaît comme une réponse à une pression sociale externe. L’entreprise identifie, filtre puis traite cette pression, elle est décrite comme un automate socialement responsable. Le dirigeant est considéré comme l’acteur privilégié du processus réalisant la responsabilité sociale de l’entreprise. C’est généralement à partir de son engagement personnel qu’il parvient à définir un équilibre entre une performance économique indispensable et une responsabilité sociale inéluctable. Une fois le contenu défini, l’organisation s’adapte mécaniquement. Le dirigeant formule, les autres membres de l’organisation mettent en place, le processus est « top-down ».    
L’analyse concrète du processus qui concourt au développement de pratiques socialement responsables fait néanmoins ressortir une réalité plus complexe. L’observation nous montre en effet que dans de nombreuses situations ce sont des acteurs (gestionnaires spécialisés mais aussi cadres intermédiaires, employés) qui se mobilisent personnellement pour intégrer au fonctionnement de l’entreprise des pratiques socialement responsables. Cet engagement des individus se fait souvent à partir de convictions et valeurs morales. Cette mobilisation n’est pas subversive elle vise au contraire à favoriser la création de valeur par le biais d’actions socialement responsables, elle contribue à faire émerger un fonctionnement de l’entreprise qui respecte les attentes des parties prenantes. C’est à partir de leur zone d’autonomie et de leur capacité à mobiliser un réseau d’acteurs interne que ces individus engagés parviennent à intégrer aux activités opérationnelles des pratiques socialement responsables. L’implication du dirigeant apparaît comme un moment clé du processus. En affichant son soutien en faveur des pratiques socialement responsables, il concourt à leur généralisation dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise. 
Loin du schéma mécanique décrit par la littérature académique, la responsabilité sociale de l’entreprise semble impliquer des acteurs situés à des niveaux hiérarchiques très divers. C’est à partir de leurs convictions et de leurs capacités à mobiliser un réseau d’acteurs au sein de l’organisation, que ces individus engagés contribuent à faire émerger la responsabilité sociale de l’entreprise. Il est possible de repérer deux moments clés : la phase de mobilisation réalisée par des acteurs non dirigeant – c’est la partie ascendante du processus, la phase de généralisation après le soutien du dirigeant – c’est la partie descendante du processus.
Cette vision émergente de la responsabilité sociale de l’entreprise permet de dépasser certains clichés et idées reçues, elle débouche également sur un repositionnement de la problématique dans une logique organisationnelle.