Les salariés capitalistes et la performance de l’entreprise – Revue Française de Gestion

Xavier Hollandts (enseignant-chercheur INSEEC et professeur associé IFGE) et Zied Guedri (Professeur EM Lyon et Professeur associé IFGE) publient dans le numéro d’avril 2008 (n°183) de la Revue Française de Gestion un article intitulé « Les salariés capitalistes et la performance de l’entreprise ».

 

Dans cet article, les deux chercheurs examinent les effets de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise. Ils suggèrent en particulier que la représentation des salariés est susceptible d’affaiblir les effets positifs de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise. Les résultats confirment cette hypothèse pour les administrateurs représentant les actionnaires salariés mais pas pour les administrateurs syndicalistes.

Historiquement, les premiers représentants des salariés au conseil d’administration furent des syndicalistes, au sein de sociétés détenues intégralement ou partiellement par l’Etat français. Plus récemment, les conseils d’administration ou de surveillance ont accueilli des représentants non-syndicalistes des actionnaires salariés lorsque ceux-ci constituent collectivement un actionnaire de référence. La loi du 30 décembre 2006 fixe le seuil de déclenchement automatique de la représentation des actionnaires salariés à 3% du capital. Face à cet engouement croissant pour les mécanismes d’actionnariat salarié, cet article tente de répondre empiriquement à deux questions principales. Premièrement, quel est l’impact de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise ? Deuxièmement, quel est l’effet combiné de la représentation des salariés au conseil d’administration ou de surveillance et de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise ?

Ces deux questions sont centrales car, du point de vue conceptuel, l’actionnariat salarié et la représentation qui en découle brouillent les frontières traditionnelles du gouvernement de l’entreprise : en effet, l’efficacité du gouvernement l’entreprise est censée être garantie par la subordination des dirigeants aux intérêts des actionnaires, externes par définition à l’entreprise [Hillman et Dalziel 2003 ; Aglietta et Réberioux 2004]. Cet article contribue donc à mieux comprendre en quoi la nature de la représentation des salariés, notamment syndicale, renforce, ou au contraire, nuit à la relation positive entre actionnariat salarié et performance de l’entreprise.

Nos résultats, basés sur une étude portant sur un échantillon de 150 entreprises françaises, démontrent un fort impact positif de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise. Néanmoins, cet impact est atténué par la présence d’un représentant des actionnaires salariés au sein du conseil d’administration ou de surveillance, en particulier, lorsqu’il représente l’association d’actionnaires salariés de l’entreprise. En revanche, la présence de syndicalistes au conseil d’administration ou de surveillance n’altère pas la relation positive entre actionnariat salarié et performance. Ces résultats viennent soutenir l’enthousiasme des hommes politiques et des chefs d’entreprises vis-à-vis des mécanismes d’actionnariat salarié mais illustrent également la difficulté d’intégrer les actionnaires salariés au gouvernement d’entreprise [Alanche 2007].

 Pour télécharger : Guedri Hollandts 2008