N° spécial de la revue Finance-Contrôle-Stratégie

Coordonné par Pierre-Yves Gomez, Directeur de l’IFGE, ce numéro de la revue FCS a permis de publier quatre articles de chercheurs internationaux associés mettant en lumière la manière dont se sont diffusées et institutionnalisées, notamment aux Etats-Unis, des règles de « bon gouvernement ».

Dans Gouvernement d’entreprise: la construction d’un champ social par la loi américaine, Trexler Proffit défend la thèse que le droit boursier ne concerne pas les relations entre actionnaires et entreprises, mais qu’il construit en ensemble de relations sociales constituant un champ dans lequel sont impliquées toutes les parties prenantes. Ainsi, les récents scandales ont généré des réactions légales qui structurent, bien au-delà du droit des actionnaires, toutes les relations socio-économiques autour du contrôle de l’entreprise américaine. L’approche est ici clairement sociologique et plutôt bourdieusienne.

Dirk Zorn est aussi sociologue. Mais son approche est aussi inspirée d’Histoire, dans la tradition de l’Ecole de Princeton. Son article, Le triomphe du directeur financier: Conceptions du contrôle et accession au pouvoir du Directeur financier dans les entreprises américaines nous donne une image de la financiarisation de l’entreprise vue « de l’intérieur ». La fonction de directeur financier prend de plus en plus de place dans le gouvernement des entreprises américaines à partir des années 1970. Cela répond à une redéfinition de la propriété mais aussi de la conception du pouvoir et du rapport de force entre entreprise et société. L’article est particulièrement stimulant pour réfléchir en quoi l’adaptation des fonctions internes répond mais aussi accélère les contraintes que l’environnement fait porter sur le gouvernement des entreprises.

Dans le dernier texte, Jalons pour une histoire des théories du gouvernement des entreprises, Pierre-Yves Gomez propose une approche moins localisée de l’articulation entre situations de gouvernement et théorisations. Il suggère que la théorisation épouse l’histoire du gouvernement des entreprises et que l’on peut en conséquence, difficilement comprendre l’émergence successive des théories des droits de propriétés, de l’agence et des nouvelles approches contemporaines sans se référer au contexte historique qui les a vu naître et sans comprendre à quelles situations de gouvernement concrètes elles tentaient et tentent de répondre.