Théorie néolibérale du gouvernement des entrepises : critique d’un renversement critique

L’intention de ce chapitre est de montrer comment une démarche critique en gestion peut se transformer en une théorie dominante excluant toute critique. Il est souvent fait l’hypothèse implicite que la critique sociale se place, en quelque sorte, en surplomb des idéologies dominantes qu’elle prétend dévoiler ou combattre. Or les approches critiques sont des éléments à part entière de la rhétorique générale qui constitue le commun Weltschauung ou « le discours sur le monde’ dans nos sociétés libérales modernes. On a pu montrer que ces approches consolident les pouvoirs dominants en les mettant en tension et en donnant l’illusion de les remttre en cause; simple illusion car elles sont absorbées dans l’idéologie libérale qui fait de la diversité des opinions marginales qui s’expriment, un élément de renforcement de l’idéologie dominante. Dans cette logique, la critique resterait nécessairement périphérique et constituerait une sorte de marge culturelle indispensable à la bonne conscience du système. Pierre-Yves Gomez montre dans ce chapitre que cela n’est pas toujours le cas. Une théorie critique en gestion peut devenir dominante et intégrer le coeur idéologique du système, dès lors qu’elle entre en congruence avec les intérêts d’acteurs, les attentes implicites du public ou le vide général de sens qu’elle remplit momentanément. Loin de rester une condamnation marginale, elle devient, au contraire, un moyen efficace d’établir le pouvoir de nouveaux puissants, au point d’exclure toute critique. Pour mettre en lumière ce phénomène, Pierre-Yves Gomez prend pour objet d’enquête la transformation d’une théorie économique marginale du gouvernement des entreprises (la théorie de l’agence) qui est devenue, en une décennie, LA théorie par excellence, au point de saturer tout le champ disciplinaire.

 

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